Lu pour vous: Ahmadou Kourouma de Jean-Michel Djian

fac-similé du livre "Ahmadou Kourouma"

Avec le récent ouvrage de Jean-Michel Djian, les lecteurs d’Ahmadou Kourouma (1927-2003) bénéficient de la biographie que ce grand auteur ivoirien méritait.

Nous le suivons dans ses pérégrinations : naissance et première éducation en pays malinké au nord de la Côte d’Ivoire (il fréquente les chasseurs et les féticheurs) ; école primaire supérieure de Bingerville, école technique régionale de Bamako, enrôlement forcé dans l’armée coloniale (à l’état-major de Saigon, il y tient la rubrique culturelle d’un journal destiné aux tirailleurs africains) puis reprise des études à Lyon où il apprend le métier d’actuaire qui sera le sien tout au long de sa vie, à Abidjan, à Alger, à Yaoundé et à Lomé.

A quarante ans, il publie son premier roman « Les soleils des indépendances », édité par l’Université de Montréal et rapidement remarqué en Belgique et à Paris. Trois autres romans suivront (Monné, outrages et défis, 1990 ; En attendant le vote des bêtes sauvages, 1998 ; Allah n’est pas obligé, 2002) ainsi qu’une pièce de théâtre (Le diseur de vérité) et des contes pour enfants.

Ahmadou Kourouma a été un écrivain extrêmement studieux, cherchant ses mots et ne craignant pas de se raturer, reprenant ses manuscrits. Il s’efforçait de dire avec des mots français la réalité malinké, la réalité africaine que, comme il me l’a dit, beaucoup d’Européens ne connaissent pas, ne comprennent pas. Son travail était de penser en malinké et de dire en français, ce qui l’a conduit, comme il le disait lui-même, à « malinkiser » le français. Il en est résulté une langue très originale. On l’a comparé à Rabelais, à Hugo, à Shakespeare, à Garcia Marquez.

Mais évidemment, son propos plus que littéraire se voulait politique. Il critiquait les fausses indépendances, les dictatures africaines, les guerres où l’on enrôle les enfants-soldats. A cause de la cruelle ironie de son propos, on l’a désigné comme un Voltaire africain.

Si Jean-Michel Djian souhaitait nous donner envie de lire ou de relire Ahmadou Kourouma, son ouvrage est réussi.

Louis-Luc Camier

Ahmadou Kourouma de Jean-Michel Djian (Seuil, oct. 2010, 18 euros)