La Nature va être monétarisée

Réchauffement climatique (illustration)
Réchauffement climatique (illustration) © http://www.maxisciences.com

En octobre et décembre 2010, on a parlé biodiversité à Nagoya au Japon et changement climatique à Cancun au Mexique. Ces deux conférences de l’ONU ont abouti à des résultats partiels, mais moins frustrants qu’à Copenhague au printemps dernier. A terme, après de longues négociations durant plusieurs années tout ce que la nature nous apporte naturellement et gratuitement sera quantifié et aura une valeur monétaire. Actuellement, les services rendus par les écosystèmes sont (sérieusement) estimés entre $ 20 et $ 70 milliards, soit entre la moitié du produit intérieur brut (PIB) mondial, ou son presque double !

► Cancun et le marché du carbone

En attendant, à Cancun, un « Fonds vert climat» a été décidé. Il devrait disposer de $ 100 milliards par an et serait opérationnel en 2020. La finance « carbone » existe et dispose de ressources considérables que l’Afrique pourrait mobiliser pour des projets dans les domaines des énergies renouvelables, de la valorisation des déchets, du transport doux (ferroviaire et fluvial), des agrocarburants, de la gestion durable des forêts, etc.

Avant cela, la Banque mondiale va gérer un mécanisme réunissant Nord et Sud, appelé « Partenariat pour le développement des marchés du carbone ». Il sera doté de $ 100 millions de crédit. Des engagements ont déjà été pris : Australie $ 10 millions, Commission européenne, Etats-Unis, Norvège, chacun $ 5 millions. L’Allemagne, le Japon et le Royaume-Uni ont annoncé une participation. Il devrait être opérationnel cette année. Il servira à financer toute initiative qu’elle soit technique, économique, politique, de nature à développer les marchés du carbone. Les pays en développement vont mettre en place, au niveau intérieur, des mécanismes d’échanges de quotas d’émission et autres instruments de marché pour atteindre leurs objectifs en matière d’atténuation de leurs émissions de carbone. Plusieurs Etats et notamment la Chine, l’Indonésie, le Mexique vont orienter ces procédés vers la recherche de technologies émettant moins de carbone.

► Les forêts résistent

La conférence a aussi lancé le système REDO : « Réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts ». Il permettra à l’Afrique d’utiliser le marché du carbone pour protéger ses forêts. Les projets REDO peuvent en effet être financés par les pays industriels en compensation de leurs propres émissions. La déforestation serait à l’origine de 15 à 20 % des émissions globales de gaz à effets de serre (GES). Selon « Global Carbon Project » ces émissions de GES ont baissé et ne représentent que 10 % des émissions mondiales contre 12/14 % antérieurement, en partie, à cause de ou grâce à, la déforestation. La forêt primaire, la plus riche en biodiversité a perdu 40 millions d’hectares en dix ans. En contre partie, les superficies affectées à la conservation de cette biodiversité ont augmenté de 95 millions d’hectares en vingt ans. En Afrique, la Banque africaine de développement va investir $ 20 millions dans le Fonds africain pour la sylviculture, qui vise à protéger les zones forestières en accord avec le secteur privé utilisateur.

► Nagoya et le futur

Selon le directeur du Programme des Nations Unies pour l’Environnement, « l’infrastructure écologique de la planète procure à l’humanité des services (entre $ 21 et 72 milliards) qui n’ont jamais été comptabilisés. Cela doit changer ». En France, le Commissariat général au développement durable considère que « l’approche économique de services rendus par l’écosystème permet d’identifier les lieux et acteurs qui produisent ces services et ceux qui en bénéficient ». C’est le fondement d’une nouvelle révolution dans les relations internationales, chaque pays ayant à se situer en tant que producteur ou bénéficiaire. Ainsi s’explique la lenteur des travaux de la conférence de Nagoya, qui est déjà dans le futur. Elle devrait aboutir à la signature d’un « Protocole international sur l’Accès et le Partage des Avantages de l’écosystème » (APA). Il comporterait une série de points techniques qui ont des incidences économiques. Le consensus est difficile à obtenir, un médiateur a été envisagé. Globalement, les pays industriels sont considérés comme plutôt bénéficiaires et les autres, le reste du globe, étant producteurs. Il faut donc établir des modalités de compensation. Sur des bases encore mal définies ou approximatives et discutables, l’accord ne peut pas être facile. Pour l’Afrique, riche de sa biodiversité, cette réunion est très importante, car elle peut y trouver d’importantes ressources financières pour l’avenir.■

Robert Ginésy