Point de vue ...

Zimbabwe : la peste et le choléra

A ceux qui sous-estimaient l’importance du leadership dans l’évolution des nations, le Zimbabwe est là qui atteste que des dirigeants politiques indignes et défaillants peuvent transformer le pays le plus prospère en une terre de dénuement.

Nombre de Zimbabwéens, à tort ou à raison, assimilaient, ces dernières années, le régime de Robert Mugabe à une forme de peste et parallèlement ils doivent également compter avec le choléra, qui tue plus directement et en grand nombre.

Au 1er janvier 2009, le compteur affichait 1.586 morts, pour quelque 30.000 personnes touchées par le choléra. On en était à 800 morts lorsque, début décembre, le président Mugabe avait décrété la fin de l’épidémie. Son ministre de l’Information aura, entre temps, accusé la Grande-Bretagne (ancienne puissance coloniale) d’avoir inoculé le choléra à son pays pour justifier une invasion militaire. Il a parlé de guerre biologique et chimique, livrée au Zimbabwe à des fins génocidaires.

Imputer le manque d’eau potable qui expose les populations au pire à un complot raciste est, pour le moins, original. C’est ainsi que le dirigeant zimbabwéen a peu à peu perdu les soutiens dont il pouvait bénéficier dans l’opinion africaine lorsque, au début de cette décennie, il criait au racisme pour avoir été mis à l’index par Tony Blair, suite à « sa » réforme agraire. Les Africains avaient alors compris qu’il voulait rendre un peu de terres fertiles aux paysans noirs, en les prenant à certains grands fermiers blancs, ce qui n’était que justice.

Sauf que, dans la réalité, l’expropriation des propriétaires blancs n’a pas servi à donner des terres aux travailleurs agricoles noirs. Mugabe a plutôt attribué ces terres à ses obligés et à ses proches. Qui en ont fait ce que l’on fait généralement des prébendes : un usage jouissif ! Voilà comment ce pays qui nourrissait naguère nombre de pays d’Afrique australe se retrouve, aujourd’hui, à mourir pratiquement de faim, par la volonté d’un dirigeant qui, à bientôt 85 ans, croit toujours représenter l’avenir de son peuple.

Certes, en Afrique, la vieillesse est assimilée à une forme de sagesse. Mais il arrive un moment où l’on empêche les vieux sages de prendre certaines décisions, et même de sortir seuls. On les encadre, pour qu’ils n’aillent pas, dans un moment d’oubli, s’humilier en public. Le drame, avec Mugabe, est qu’il veut entraîner son peuple dans son propre naufrage. Rejeté dans les urnes, il confisque le pouvoir par la force. De temps à autre, lorsqu’il se sent acculé, il fait semblant de négocier. Alors que la planète entière l’interpelle sur son cynisme dans la gestion de l’épidémie de choléra, il a subitement invité, début janvier, Morgan Tsvangirai à prendre le poste de premier ministre. Le leader de l’opposition a décliné cette offre qui ne peut être, au mieux, qu’une nouvelle diversion.

L’Histoire retiendra que l’Afrique des chefs d’État n’a pas eu le courage d’empêcher Mugabe d’entraîner son pays dans l’abîme. Certes, Levy Mwanawasa, le défunt président de la Zambie, a dénoncé jusqu’à sa mort en août 2008, l’incurie du vieil homme. Depuis, les dirigeants du Botswana ont pris la relève, mais ils sont peu épaulés. Dans cette partie du continent qui compte pourtant la plus forte proportion de régimes réellement démocratiques, le Zimbabwe de Mugabe est une anomalie, et l’on comprend mal que les dirigeants africains préfèrent ménager le fossoyeur, au détriment de son peuple.■

Pour présenter la situation du Zimbabwe, la CADE a fait appel à un journaliste Africain qui a bien voulu nous accorder sa contribution.