Une occasion manquée : pas d’Africains à la présidence de la Banque mondiale

Wikipedia

L a Banque mondiale sera présidée pendant les cinq prochaines années par le Dr Jim Yong Kim : sélectionné par les 25 membres du Conseil d’Administration de la puissante institution (10 000 salariés, 57,4 milliards de $ de prêts alloués en 2010), ce brillant médecin et anthropologue de 52 ans est d’origine sud-coréenne et de nationalité américaine, comme ses onze prédécesseurs. Ce choix illustre une fois de plus la continuité de l’ordre ancien qui prévaut au sein de la Banque mondiale qui, depuis sa création en 1944, et ceci en vertu d’une règle non écrite, a été présidée par le candidat présenté par les Etats-Unis, euxmêmes soutenus par l’Union européenne, le Japon, et le Canada.

Cette élection serait pourtant passée inaperçue si, face au prétendant américain, une candidate d’une grande posture, en la personne de Ngozi Okonjo-Iweala, ne s’était dressée : ministre nigériane des Finances, 57 ans, économiste réputée après des études à Harvard et forte d’une carrière de 25 ans à la Banque mondiale, elle a reçu le soutien en bloc des 54 pays de l’Union Africaine avec celui des meilleurs esprits de la Banque (J. Stieglitz, F. Bourguignon) qui la considéraient comme « la personne la plus qualifiée et la plus compétente … car rompue aux pratiques du développement ». Malgré la promesse de la Banque mondiale « d’assurer une sélection ouverte fondée sur le mérite et la transparence, Ngozi Okonjo-Iweala s’est heurtée au pouvoir censitaire des pays riches. Cette issue, bien que prévisible, a déçu en Afrique : une femme africaine, originaire du « géant de l’Afrique » que représente le Nigeria (162 millions d’habitants, 1er producteur de pétrole en Afrique) aurait été, il est vrai, forte en symboles. Cependant, elle-même le souligne « Rien ne sera plus jamais comme avant... dans les élections au sein de la Banque mondiale » ; en effet, avec sa pugnacité et ses qualités mises à jour lors de ce défi, Ngozi Okonjo-Iweala a démontré que des personnalités originaires d’Afrique peuvent tout à fait prétendre à la direction des institutions comme la Banque mondiale dont le fonctionnement mérite aujourd’hui un véritable renouveau.■

Claudie Lasserre-Rasoazanamanana