Un colloque d'ouverture : Africa in Ecclesia

Dévant de gauche à droite : Jean-Loïc Baudet (troisième ) et Michel Levallois (cinquième)  © CADE
Dévant de gauche à droite : Jean-Loïc Baudet (troisième ) et Michel Levallois (cinquième) © CADE

Un peu plus d'un mois après le deuxième Synode pour l'Afrique, l'Institut de Science et de Théologie des Religions, en partenariat avec les Oeuvres Pontificales Missionnaires, a organisé les 3 et 4 décembre un colloque sur le thème « Africa in Ecclesia ». Dans l'esprit de ses organisateurs, il s'agissait de donner toute sa place à l'Afrique dans le concert des nations et au sein de l'Eglise.

Ce colloque dont l'intitulé du thème renverse les termes retenus pour qualifier le premier Synode africain de 1994, « Ecclesia in Africa », s'est déroulé en deux phases : le premier jour il a été question des enjeux socio-politiques en Afrique et des sociétés en mutation tandis que la seconde journée a été placée sous le signe des actions de l'Eglise en Afrique et de l'Afrique au coeur de l'Eglise.

Les responsables de ce colloque ont demandé à la CADE d'animer la première journée, ce qui fut fait sous le triple angle politique, sociétal et économique par des membres de la CADE et des personnalités à qui ils ont fait appel pour traiter de sujets auxquels ils attachent de l'importance.

Michel Levallois a centré son propos sur la maturité politique africaine, fruit d'une longue histoire marquée dans la dernière période par un lourd héritage colonial et la reconstruction du politique africain sous la double contrainte de l'émergence des forces vives de la société civile et des pressions extérieures. A la problématique de l'Etat-Nation s'ajoute celle de la décentralisation qu'a présentée Claude Baehrel à partir de son expérience du Partenariat pour le Développement Municipal. Ces deux présentations ont été complétées par un exposé d'un universitaire congolais, Mwayila Tshiyembé, sur les perspectives d'avenir des politiques africaines dont les véritables enjeux se mesurent en termes d'Etat de droit démocratique, de régulation de la conquête et de l'exercice du pouvoir et de développement.

Georges Courade a traité de la reconstruction des sociétés africaines en proie à de nombreux défis mais qui, tant au niveau des acteurs sociaux du changement que des modes d'organisation, font preuve d'une grande capacité d'adaptation et d'innovation. Patrice Yengo a ajouté une touche anthropologique en évoquant la recherche de modèles chez une jeunesse en quête de repères dans des sociétés en mouvement.

Jean-Loïc Baudet a montré combien la double dépendance extérieure, commerciale et financière, fragilisait les économies africaines et fait état des opportunités de développement pour relever les défis de sociétés soumises à de fortes tensions. Sous l'angle de l'entrepreneuriat féminin, Suzanne Bellnoun a souligné la place des femmes dans l'économie informelle et, compte tenu de leur rôle dans la société, de leur capacité à s'investir dans de nouvelles formes d'activité.

Au cours de la seconde journée, des interventions très stimulantes ont porté sur l'historique des positionnements de l'Eglise en Afrique, sur la nouveauté du dialogue interreligieux entre Islam et christianisme vécu à la fois comme chemin de paix et comme source d'approfondissement, sur la portée du dernier Synode où les interpellations à tous les acteurs des sociétés africaines et aux agents extérieurs traduisent la détermination des évêques africains de s'impliquer dans la vie politique et sociale....

Intervenant en dernier lieu, après que Pierre Diarra ait montré la pertinence de la réponse du Synode à son thème « Réconciliation, justice et paix », Mgr Joseph Yapo Aké, archevêque de Gagnoa, Président de la Conférence épiscopale de Côte d'Ivoire, a dégagé des lignes d'action pour les Chrétiens d'Afrique : se mobiliser « sans verbiage creux et sans activisme aveugle » au service de la paix et des plus pauvres et ceci, au niveau du plaidoyer mais aussi et surtout là où se prennent les décisions politiques et économiques qui déterminent les caractères d'une nouvelle société africaine.

Le colloque a été intéressant à plus d'un titre. Il témoigne tout d'abord de la volonté de l'Eglise africaine d'approfondir sa réflexion sur les changements qui affectent les sphères politique, économique et sociétale, et donc de sortir d'une vision étriquée de son rôle. Elle se vit aussi comme un acteur de la société civile qui entend participer à la construction de sociétés africaines en pleine mutation. Dans cette nouvelle orientation, elle est guidée par un souci de porter un regard chrétien mais également africain sur les choix de société en cours. Cela implique de sa part un gros effort de formation et d'engagement qui constitue, sans aucun doute, le principal défi qu'elle doive relever dans l’immédiat.

Jean-Loïc Baudet

L’ISTR se propose de publier les actes du colloque dans l’année qui vient ; pour plus d’information consulter le site de l’Institut catholique de Paris : www.icp.fr et taper « compte-rendu africa in ecclesia » dans « votre recherche »