L’argent (seul) ne fait pas le développement

Affiche

Au « Forum des innovations financières pour le développement », qui s’est tenu à la Cité des Sciences à Paris, les 4 et 5 mars 2010, institutions de financement internationales et nationales, sur le podium, et entrepreneurs africains, dans la salle, parlaient le même langage. Ce n’est pas l’argent qui manque pour le développement, c’est l’accessibilité aux multiples formules mises en place par les 900 organismes habilités dans le monde.

Plusieurs tables rondes ont réuni des dirigeants des organisateurs (vice-président et directrice générale adjointe de la Banque Mondiale, directeur général de la Fondation Bill et Melinda Gates (FBMG) et le directeur général et des directeurs de l’Agence française de développement (AFD)) ainsi que des représentants de haut niveau du ministère français des affaires étrangères, de l’OCDE et de son Comité d’aide au développement , de la Société Financière Internationale, des ONG et aussi des Banques de Développement, des banques commerciales et des organismes, privés ou semi-publics, intervenant dans ce domaine. 1.200 personnes ont suivi ces débats.

Le rôle de l’innovation financière dans le développement, qui doit désormais tenir compte des perturbations climatiques, a été analysé en détail. Les participants ont dressé un bilan très critique des méthodes traditionnelles de financement, qui privilégient les relations avec les gouvernements. Sans les éliminer, sont apparues de nombreuses formules ouvertes en fait à la société civile, disposant de plus ou moins de crédits, mais généralement peu connues.

L’une des raisons de la déconvenue de la conférence de Copenhague serait qu’on en attendait trop. Des « solutions internationalement acceptées » étaient un objectif hors de portée des responsables politiques participant. Le secteur privé, non invité, espérait aussi savoir comment intervenir dans ce domaine et dans le développement dont il est le premier financeur.

Initiatives privées

Des impressions se dégagent de ce Forum (1). Des mondes qui s’ignoraient ou ne se fréquentaient pas - ONG, secteur privé, bailleurs de fonds - se sont rencontrés. Ces derniers semblent avoir mesuré ce qu’il fallait faire pour être perçus des autres et pour que leurs financements aboutissent là où on les attend et qu’au travers de partenariats diversifiés, ils soient plus efficaces. Un état d’esprit plus opérationnel résultait sans doute aussi de la présence de la Fondation FBMG, ONG remarquable financée par Microsoft et qui réussit dans le domaine de la santé. L’avenir dira si le Verbe passera à l’Action.

Parmi les initiatives qui fonctionnent déjà, on peut citer en Inde une incitation à des constructions publiques et privées économes en énergie ; aux Caraïbes, une assurance contre les risques climatiques qui a fourni des millions de dollars à Haïti ; au Togo une association qui emploie 400 salariés pour distribuer 11 milliards CFA, obtenus par internet, en prêts à plus de 9.000 petites entreprises.

Dans les mois qui ont précédé le Forum, un grand concours, ouvert à tous les projets d’actions concrètes, a obtenu 800 réponses. 110 experts ont sélectionné 20 finalistes. A La Villette, un jury a sélectionné 5 gagnants d’un prix chacun de près de 100.000 dollars. Parmi eux, deux sont implantés en Afrique : un Français, Babyloan (micro crédit par internet dans plusieurs pays dont le Togo et le Bénin) et un Ethiopien (assurance contre les risques climatiques).■

Robert Ginésy

(1) Plus d’informations sur : www.fininnov.org