Fatal error: Uncaught exception Exception with message Query error: UPDATE command denied to user 'afriquedtest'@'10.21.20.18' for table 'tl_search' (UPDATE tl_search SET url='scientech-155-les-mathematiques-en-rdc', title='Scientech 155 : Les mathématiques en RDC', protected='', filesize='32.70', groups=0, pid='2112', language='fr', checksum='37fab522d5ab4ab546956e47faa725cc', text='Scientech 155 : Les mathématiques en RDC C A D E Coordination pour l\'Afrique de Demain « Un autre regard sur l\'Afrique et les Africains » Les mathématiques en RDC ou la chronique d’une mort annoncée faute de moyens « L’Afrique recèle un très fort potentiel en mathématiques, mais il est temps d’agir », déclarait en septembre 20101 le mathématicien français Cédric Villani, quelques semaines après avoir reçu la médaille Fields, la plus haute distinction internationale dans cette discipline. Ce potentiel, Franck Kalala Mutombo, mathématicien originaire de la République Démocratique du Congo (RDC), en est un bel exemple. Après des études supérieures, commencées dans son pays, puis poursuivies en Afrique du Sud, au sein du très réputé African Institute for Mathematical Sciences (AIMS), et en France, à l’Université Paris-Sud à Orsay, il a soutenu récemment sa thèse de mathématiques à l’Université de Strathclyde, en Ecosse, avant de regagner son pays dans l’attente de signer un contrat d’études post-doctorales, en France ou ailleurs. L’occasion pour lui de dresser un bilan, le bilan d’un parcours universitaire semé d’embûches, et de porter un regard sans concession sur l’état de son pays en matière d’enseignement des sciences. « Je souffre trop ici. C’est comme un lien qui est coupé », lâche-t-il d’emblée avant d’ajouter : « croyez-moi, il faut être robuste pour tenir le coup après avoir passé une période si longue au Nord » ? N’allez pas croire pour autant que Franck Kalala Mutombo cherche à se faire plaindre. Il connaît assez bien son pays pour savoir que des gens qui souffrent, la République Démocratique du Congo n’en manque pas. Une situation d’autant plus surprenante que le sous-sol de ce pays regorge de richesses naturelles, à tel point que certains l’ont qualifié d’anomalie géologique. N’est-ce pas là l’un des grands paradoxes du continent africain dont l’explication réside principalement dans le mode de gouvernance scandaleux de certains pays d’Afrique noire ? Dans ce contexte de misère endémique, ce mathématicien tout juste revenu au pays, après cinq années passées à l’étranger, comprend évidemment fort bien que sa souffrance « intellectuelle » puisse en surprendre plus d’un. Après tout, elle n’est en effet qu’intellectuelle et, sans doute, moins insupportable que la souffrance physique vécue au quotidien par une grande majorité des habitants de la République Démocratique du Congo. ►De l’enfer au paradis Mais pour bien comprendre ce que vit moralement ce chercheur depuis qu’il a regagné son pays cet été, suite à l’expiration de son visa d’étudiant en Grande-Bretagne, il faut revenir quelques années en arrière, au milieu des années 1990, quand Franck Kalala Mutombo n’était encore qu’un bachelier qui rêvait de devenir mathématicien. Or alors qu’il aurait dû entrer à l’Université de Lubumbashi pour entamer ses études, les soubresauts d’une guerre civile effroyable et les tensions provoquées par le génocide rwandais vont le conduire avec sa famille à Bukavu, dans l’est du pays, où il va devoir ronger son frein pendant de longs mois, le pays étant alors coupé en deux. « Mon père me demandait d’être patient et souhaitait que je fasse des études de médecine », se rappelle-t-il. Las d’attendre, il finit par entamer des études médicales, « une discipline passionnante », qui permet à Franck d’approcher des malades et d’affronter leur souffrance. Mais bientôt sa mère lui demande de retrouver un grand frère disparu au Rwanda. Ne l’ayant pas trouvé, il décide alors de prendre la direction du Sud. La passion pour les mathématiques est décidément trop forte. On est alors en 1999 et Franck s’inscrit à l’Université de Lubumbashi afin d’entamer, enfin, un cursus de mathématiques qui va le mener jusqu’à la licence. Excellent étudiant, en 2006 il réussit à intégrer AIMS, l’African Institute for Mathematical Sciences, situé à Muizenberg, près du Cap en Afrique du Sud2. Cet institut d’enseignement supérieur indépendant a été fondé trois ans auparavant par Neil Turok, un cosmologiste sud-africain. Financé par le gouvernement sud-africain et de nombreuses entreprises privées, il bénéficie du parrainage de plusieurs universités dont celles de Cambridge, Oxford et Paris-Sud Orsay. On y dispense une formation scientifique prédoctorale de haut niveau à des étudiants sélectionnés sur l’ensemble du continent africain et totalement pris en charge pour toute la durée du cursus. Pour le mathématicien naissant et passionné qu’est Frank Kalala Mutombo, AIMS est un véritable paradis. « Pour moi, AIMS fut un tremplin qui m’a propulsé en quelque sorte dans un autre univers », s’exclame-t-il. Imaginez ! Des cours dispensés par des professeurs venant du monde entier. Des professeurs vivant dans les mêmes locaux que les étudiants, partageant leurs repas, échangeant en permanence, « tout cela dans une ambiance où l’esprit de concurrence est plus ou moins banni au profit d’un esprit d’équipe », se souvient le mathématicien congolais. Une atmosphère aux antipodes de celle qui règne à l’Université de Paris-Sud Orsay qu’il intègre à sa sortie d’AIMS, dans le cadre d’une bourse octroyée par la France, pour y faire son Master 2. « Il y a comme un gap à franchir quand on arrive dans une telle université, ce qui implique de travailler deux fois plus », souligne-t-il. Qui plus est, dès son arrivée, Franck Kalala Mutombo a été prévenu : pas question de faire une thèse dans cette même université, ce qu’il regrette, Orsay restant un des hauts lieux de l’enseignement et de la recherche en mathéma- tiques dans le monde. Il faut en effet bénéficier d’une bourse du gouvernement français et être âgé d’environ 25 ou 26 ans. Or vu le parcours très difficile qu’a connu Franck depuis l’obtention de son baccalauréat, un parcours que beaucoup d’étudiants français n’imaginent pas, même dans leurs pires cauchemars, il a déjà dépassé l’âge fatidique. Aussi doit-il déjà penser à trouver un autre lieu d’accueil pour espérer faire une thèse, sésame indispensable pour prétendre mener une carrière de chercheur. Finalement, ce sera la Grande-Bretagne qui lui offre une bourse d’étude, et plus particulièrement l’Ecosse, qui va lui ouvrir les portes de l’Université de Strathclyde, « où le seul critère d’admissibilité est la capacité de l’étudiant à faire de la recherche », précise-t-il, non sans une pointe d’humour. Si à l’Université d’Orsay, ce jeune mathématicien avait fait de l’analyse numérique, à l’Université de Strathclyde, il a travaillé essentiellement sur des modèles mathématiques qu’il a programmés ensuite sur ordinateur. « Ma thèse portait sur ce qu’on appelle aujourd’hui les réseaux complexes. Un réseau complexe est un ensemble de noeuds qui sont connectés entre eux », explique-t-il. Pour Franck, il s’agissait d’observer comment l’information est diffusée au sein d’un réseau de ce type, sachant que cette information, cela peut être une rumeur mais aussi une maladie ou une épidémie. « Dans un réseau complexe, deux noeuds peuvent ne pas être connectés, mais néanmoins interagir du fait des interactions physiques avec d’autres noeuds », ajoute-t-il. Il s’est donc intéressé aux interactions à longue portée dans un réseau complexe, interactions qui ne nécessitent pas un lien physique, à l’exemple du champ de gravitation dans l’univers. Ainsi, en pratique, il a été amené à étudier comment un rhume peut se transmettre au moyen d’une interaction à longue portée au sein d’une population spécifique afin de comprendre l’épidémiologie d’une maladie dans un réseau complexe. Un travail qu’il pourrait être amené à poursuivre sur une autre maladie au cours des prochains mois, dans le cadre d’études post-doctorales. Rien n’est encore signé, mais si cela se confirme, il pourrait revenir en France très rapidement et y séjourner les deux prochaines années. ►La peur de s’éteindre En attendant, ce mathématicien a retrouvé son pays dont il n’avait pas foulé le sol depuis cinq ans. Un pays qu’il aime profondément et au développement duquel il voudrait participer en mettant ses connaissances à disposition de l’enseignement et de la recherche, en particulier au sein du département de mathématiques de l’Université de Lubumbashi. « Il est important d’aller au Nord afin d’enrichir ses connaissances. Mais il l’est tout autant de revenir ensuite au pays pour en faire profiter les nouvelles générations qui ont l’envie d’apprendre », affirme-t-il. Mais pour que les cerveaux africains ne finissent pas par quitter définitivement le continent, « il faut leur donner les moyens de travailler à leur retour », estime-t-il. Or depuis son retour au pays, Franck Kalala Mutombo observe avec tristesse et angoisse que la situation n’a pas véritablement évolué. Elle aurait même tendance à empirer dans certains domaines. Dans son département de mathématiques, où il occupe actuellement un poste d’assistant junior, en attendant d’être nommé professeur assistant, le matériel informatique a vieilli. Quant aux logiciels, ils sont trop peu nombreux ou inexistants et, là encore, souvent obsolètes. Pire encore, ce chercheur ne dispose même pas d’un bureau où travailler. Dans ces conditions, comment réussir à pratiquer efficacement une discipline aussi difficile et ardue que les mathématiques ? Cela relève aussi de la volonté et de la compétence de la classe politique dirigeante. Comment ne pas être découragé, voire révolté, devant l’absence de prise de conscience de la situation et d’investissement dans la recherche, alors que le pillage et la mauvaise gestion des ressources naturelles du pays se poursuivent ? « J’ai froid dans l’âme tant est grande la peur de m’éteindre », lâche, inquiet, ce mathématicien qui, certes, connaissait déjà la situation de son pays, mais la prend d’autant plus comme une méchante claque en pleine figure, qu’il revient de cinq années d’études au cours desquelles il a pu travailler dans les meilleures conditions et disposer des moyens nécessaires au développement de ses travaux. Preuve que le problème central auquel est confrontée l’immense majorité, pour ne pas dire la quasi-totalité, des chercheurs du continent africain, c’est l’absence de moyens. Comment voulez-vous qu’un chercheur puisse travailler sérieusement s’il n’a pas un minimum d’outils à sa disposition ? Car pour faire de la recherche, un chercheur en mathématiques comme Franck Kalala Mutombo doit nécessairement pouvoir communiquer avec ses collègues dans le monde entier et avoir accès à leurs publications. C’est un minimum ! Or pour beaucoup de ces chercheurs, cela relève tout simplement du défi. Et quand les coupures quotidiennes d’électricité s’en mêlent, inutile d’insister. Le meilleur des chercheurs ne peut alors que se désoler de son extrême fragilité matérielle et constater avec une certaine inquiétude que la distance qui le sépare du peloton de ses collègues occidentaux, encore inexistante alors qu’il venait de rentrer dans son pays, après une thèse et un post-doc, ne cesse de croître. Difficile dans ces conditions de ne pas connaître le stress et de finir par ne plus rien produire sur le plan scientifique, d’autant plus que faute de pouvoir publier lui-même dans des revues scientifiques internationales et d’assister à des congrès à l’étranger, un chercheur s’appauvrit très rapidement. « Nous, chercheurs africains, sommes comme les noeuds de ces réseaux complexes, mais nous n’interagissons pas assez entre nous. Nous sommes non seulement trop isolés sur le continent, mais aussi trop éparpillés à travers le monde », constate-t-il. D’où, en effet, le risque de s’éteindre, ce qui serait le comble puisqu’il existe un fort potentiel en mathématiques au sein de l’Afrique. Alors messieurs les décideurs politiques, ne serait-il pas temps de redevenir sérieux en investissant massivement dans la recherche et en tournant le dos aux marchands d’armes ? ■ Jean-François Desessard, journaliste scientifique 1 Voir Lettre de la CADE - N° 133, page 8 - Septembre 2010 2 Voir Lettre de la CADE - N° 133, pages 6-7 - Septembre 2010 Contact : Franck Kalala Mutombo Courriel :franckkalala@yahoo.fr ou franckkalala@googlemail.com Dernière mise à jour : Mardi 11/06/2019 22:18 © 1996–2019 - La CADE Retour à l\'accueil, Logo de la CADE', tstamp=1566459129 WHERE id='1183') thrown in …/system/libraries/Database.php on line 686
#0 …/system/libraries/Database.php(633): Database_Statement->query()
#1 …/system/libraries/Search.php(181): Database_Statement->execute('1183')
#2 …/system/modules/frontend/FrontendTemplate.php(215): Search->indexPage(Array)
#3 …/system/modules/frontend/PageRegular.php(171): FrontendTemplate->output()
#4 …/index.php(266): PageRegular->generate(Object(DB_Mysql_Result))
#5 …/index.php(401): Index->run()
#6 {main}