IUSTA : bientôt une Ecole Doctorale en Ingénierie

Mahamoud Youssouf Khayal © IUSTA
Mahamoud Youssouf Khayal © IUSTA

En 2005, l’Institut Universitaire des Sciences et Techniques d’Abéché (IUSTA), au Tchad, décide d’inscrire à son programme un Master « Génie Mécanique et Electrique ». Financé par le gouvernement tchadien, celui-ci est le fruit d’une réflexion menée par son directeur général le docteur Mahamoud Youssouf Khayal, en collaboration avec deux établissements d’enseignement supérieur français, l’INSA de Lyon et l’Université Jean Monnet de Saint-Etienne, et l’Ecole Supérieure Polytechnique de Dakar, au Sénégal. Dès le lancement de la seconde promotion de ce Master, deux groupes pétroliers présents au Tchad, Esso et Chevron, acceptent de financer cette formation. Alors que les meilleurs étudiants de la troisième promotion partiront en France et au Sénégal en avril prochain pour parfaire leur formation pratique durant cinq mois, le docteur Mahamoud Youssouf Khayal, toujours avec les mêmes partenaires, se lance aujourd’hui dans un nouveau défi : créer une Ecole Doctorale au sein de l’IUSTA.

« Si les différentes étapes du programme que nous avons bâti avec nos partenaires se déroulent comme prévu, l’Ecole Doctorale de l’IUSTA devrait fonctionner à l’horizon 2011-2012 », estime le docteur Mahamoud Youssouf Khayal. Extrêmement dynamique et plein d’enthousiasme, ce spécialiste en génie électrotechnique, qui dirige cet établissement public d’enseignement supérieur et de formation professionnelle à caractère scientifique depuis le 3 avril 1997, reste néanmoins prudent. En effet, il sait par expérience que tout ne se déroule pas toujours selon le scénario initial dans cet ancien royaume du Ouaddaï, proche du Darfour, qui est aujourd’hui l’une des 22 régions du Tchad et dont Abéché en est le chef-lieu de préfecture. Natif de cette région, il était professeur à l’Université de N’djamena, où il dirigeait alors la filière technique, quand le Président de la République du Tchad, Idriss Déby Itno, lui a confié la mission de créer l’IUSTA à Abéché.

900 étudiants au sein de l’IUSTA

« Le Président souhaitait alors combler en partie le retard que le pays avait pris dans le domaine de la science et de la technologie, du fait notamment de plusieurs décennies de conflits, en créant différents instituts et universités », résume l’universitaire tchadien. En un peu plus de dix ans, le Tchad a connu une avancée considérable dans ce secteur en investissant massivement dans la création d’une dizaine d’instituts et de trois universités. Ainsi sont nés notamment l’Institut Universitaire des Sciences Agronomiques et de l’Environnement de Sarh, l’Institut Universitaire Polytechnique de Mongo, l’Institut Universitaire du Pétrole de Mao, l’Institut Supérieur des Arts et Métiers de Biltine et, évidemment, l’Institut Universitaire des Sciences et Techniques d’Abéché (IUSTA). Mahamoud Youssouf Khayal fait alors appel à des universitaires qu’il connaît, en particulier de l’INSA de Lyon et de l’Université Claude Bernard (Lyon-1) afin de réfléchir avec lui à ce projet.

« Au début, nous étions sceptiques quant à la réussite de ce projet. Imaginez, Abéché, si proche de cette région agitée qu’est le Darfour. Mais il y avait un tel dynamisme, en particulier chez Mahamoud Youssouf Khayal, que le projet s’est rapidement transformé en une réalité », explique Bernard Lips, enseignant chercheur au sein de l’INSA de Lyon, spécialiste en génie énergétique, qui par ailleurs coordonne l’ensemble des actions entre l’INSA de Lyon et les pays d’Afrique sub-saharienne, une activité qui occupe 25 % de son temps. Et ce qui devait être au début l’équivalent d’un Institut Universitaire de Technologie (IUT) est devenu aujourd’hui une véritable école d’ingénieur, l’IUSTA, qui peut accueillir jusqu’à 900 étudiants.

Ses activités s’articulent autour de 5 départements : Electromécanique (EMI), Informatique Industrielle et de Gestion (IIG), Sciences et Techniques de l’Elevage (STE), Sciences Biomédicales et Pharmaceutiques (SBM), Sciences Fondamentales (SF). « Le rôle de ce dernier département est de fournir des bases scientifiques aux étudiants pour leur permettre d’assimiler aux mieux les cours dispensés dans les différents domaines », précise le Directeur Général de cet établissement. De plus, l’IUSTA dispense une formation à la carte en multimédia et audiovisuel pour le compte du Ministère de la Communication. Pour résoudre les problèmes de panne de matériels dans nos hôpitaux, l’IUSTA a envisagé l’ouverture dès cette année d’une filière en maintenance des matériels médicaux avec ses partenaires de l’association AGIRabcd.

Un Master pour de jeunes Tchadiens motivés

« Dans la sous-région de l’Afrique Centrale, les enseignants qualifiés, par exemple en mécanique ou en électrotechnique, sont extrêmement rares », constate l’universitaire tchadien. La seule solution réaliste envisageable était donc de les former, via un Master. C’est ainsi qu’a germé l’idée de développer un Master « Génie Mécanique et Electrique », avec l’appui de l’INSA de Lyon, de l’Université Jean Monnet de Saint-Etienne et l’Ecole Supérieure Polytechnique de Dakar, et le financement du gouvernement tchadien. Une première promotion d’une quinzaine de personnes de niveau bac+3 a vu le jour. « Pour la seconde promotion, nous avons décidé de faire appel aux groupes pétroliers présents au Tchad, en l’occurrence Esso et Chevron, qui ont accepté de la financer, sous réserve que 5 de leurs agents y participent », indique le Directeur Générale de l’UISTA. Sur les 30 inscrits, 22 ont décroché leur Master. Quant à la troisième promotion en cours, que les industriels financent une nouvelle fois, elle compte à ce jour 28 participants, dont les meilleurs iront à l’INSA de Lyon, à l’Université Jean Monnet de Saint-Etienne et à l’Ecole Supérieure Polytechnique de Dakar en avril prochain afin d’y acquérir des compétences pratiques.

« Les jeunes Tchadiens qui participent à ce Master sont extrêmement motivés, cela fait plaisir à voir. D’où des taux de réussite qui sont comparables à ceux de l’INSA de Lyon, même si le niveau est globalement un peu plus faible », constate Bernard Lips qui, tout comme ses collègues engagés dans cette démarche, dispense non seulement des cours dans le cadre de ce Master, mais développe aussi des travaux pratiques tout en formant des enseignants sur place. « Je tiens à saluer tout particulièrement le travail que réalisent des universitaires français comme Bernard Lips, Jean-Yves Champagne ou encore Jean-Jacques Rousseau qui nous accompagnent dans ce travail, à travers des missions très intenses d’une dizaine de jours. Qu’importe les conditions, parfois difficiles, qu’ils rencontrent. Ils s’impliquent pleinement », souligne le Directeur Général de l’IUSTA. Le plus enthousiasmant est que les résultats sont au rendez-vous, puisque à ce jour tous les participants des deux premières promotions du Master travaillent, les uns à l’IUSTA ou à l’Institut Universitaire Polytechnique de Mongo, d’autres dans les grands groupes pétroliers que sont Esso, Chevron ou Schlumberger. « Par ailleurs, une dizaine d’entre eux est inscrite en thèse dans des universités françaises ou sénégalaises ».

Une Ecole Doctorale à Abéché : c’est pour bientôt !

Dans ce contexte, le docteur Mahamoud Youssouf Khayal et ses partenaires ont souhaité franchir une nouvelle étape en réfléchissant à la création d’une Ecole Doctorale en ingénierie. Aujourd’hui, le peu d’enseignants et d’étudiants tchadiens qui souhaitent poursuivre un doctorat réalisent leur thèse en alternance, ce qui les conduits à s’expatrier durant cinq à six mois par an, au Sénégal ou en France, dans les universités ou les grandes écoles de la région Rhône-Alpes, avant de revenir au Tchad. « Notre projet d’Ecole Doctorale prévoit que les doctorants seront formés au Tchad durant la première année, par des professeurs, notamment de l’INSA de Lyon, de l’Université Jean Monnet, de l’Ecole Supérieure Polytechnique de Dakar et de bien d’autres établissements d’enseignement supérieur étrangers réputés qui viendront directement à Abéché pour dispenser leurs cours ».

Le Ministère de l’Enseignement Supérieur du Tchad a d’ores et déjà donné son accord pour accompagner et financer ce projet ambitieux. De leur côté, l’INSA de Lyon, l’Université Jean Monnet de Saint-Etienne et l’Ecole Supérieure Polytechnique de Dakar sont prêts à s’y impliquer en offrant leurs compétences et en mettant à disposition leurs laboratoires. « Dans trois mois, nous devrions avoir bouclé le document qui nous permettra alors de travailler directement avec le Ministère de l’Enseignement Supérieur afin de finaliser le projet dans lequel nous souhaitons, là encore, impliquer des industriels présents sur le territoire tchadien », précise le Directeur Général de l’IUSTA. Son souhait est que cette école puisse démarrer officiellement à l’horizon 2011-2012. « Pour que les laboratoires puissent fonctionner, il est nécessaire de disposer au plus vite d’un solide corps d’enseignants chercheurs. D’où l’importance de cette future Ecole Doctorale », souligne Bernard Lips.

Un Tchad qui bouge dans une Afrique qui avance

Au sein de l’INSA de Lyon, ils sont aujourd’hui une vingtaine d’enseignants chercheurs à s’investir dans ce travail en Afrique, non seulement au Tchad, mais aussi au Cameroun, au Mali ou encore au Niger. « Chaque année, quatre à cinq personnes rejoignent notre groupe pour effectuer leur première mission sur le terrain, en compagnie d’un collègue qui a déjà l’expérience de l’Afrique. C’est indispensable de ne pas s’y rendre seul pour une première mission », estime l’universitaire français qui précise que sur ces cinq personnes, deux à trois « prennent le virus ». Comme le répète Bernard Lips, « le Tchad part de loin », certes, mais l’enthousiasme de personnes comme Mahamoud Youssouf Khayal et la motivation des étudiants tchadiens sont grands. « Le Tchad bouge, tout comme la plupart des pays de l’Afrique sub-saharienne et, plus généralement, de l’ensemble du continent africain. Il faut arrêter avec cette image, hélas médiatique, d’une Afrique qui stagne. En vingt ans, ce continent a beaucoup changé. Et il est certain que dans dix ou vingt ans, l’Afrique décollera », lance-t-il, à la veille de partir s’installer à Djibouti, une nouvelle destination, et sans doute de nouveaux projets, pour ce passionné de l’Afrique. Mahamoud Youssouf Khayal fait sienne la prédiction de son collègue français. « La volonté  existe. Nous n’avons plus qu’à travailler, et travailler encore, pour relever ce défi ».

Jean-François Desessard,
journaliste scientifique

Contact : Mahamoud Youssouf Khayal
Courriel : mahamatborgou@yahoo.fr
Contact : Bernard Lips
Courriel : bernard.lips@insa-lyon.fr

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