Vieillissement et épilepsie, deux thématiques phares aux XVIIèmes Journées Médicales de Dakar

Les XVIIes Journées Médicales, Pharmaceutiques, Odontologiques et Vétérinaires de Dakar viennent de s’achever. Du 23 au 26 février, la très réputée Université Cheikh Anta Diop (UCAD) qui accueillait cet événement aura été un lieu privilégié d’échanges, mais également de partage et d’ouverture entre les scientifiques africains et leurs confrères francophones, autour du thème « Environnement et affections de longues durées ». C’est dans ce cadre que s’est déroulé le symposium « Environnement - Santé - Société »*. Parmi les sujets évoqués, le vieillissement en Afrique, dont il est urgent de se préoccuper, et l’épilepsie, une pathologie pour laquelle on assiste à un recul de la médecine traditionnelle face aux traitements que propose la médecine moderne. Explications du professeur Lamine Guèye** qui mène des recherches sur ces deux thématiques et a co-présidé l’une des trois sessions de ce symposium.

Propos recueillis par Jean-François Desessard, journaliste scientifique

Jean-François Desessard - Le vieillissement semble être une préoccupation de plus en plus importante en Afrique. Qu’en est-il exactement ?

Lamine Guèye - Le vieillissement est en effet une préoccupation grandissante en Afrique. Pendant longtemps, seules les maladies infectieuses ont fait l’objet de recherche et de développement de traitements médicaux. Mais l’évolution du mode de vie des populations a entraîné une modification des comportements, tant alimentaires que physiques. D’où l’émergence croissante, au sein de ces populations, de maladies comme le diabète, l’hypertension artérielle ou encore les rhumatismes, autant de pathologies qui ont un impact direct sur le vieillissement. C’est dans ce contexte que nous menons des travaux qui visent, d’une part à déterminer la prévalence réelle du vieillissement pathologique des populations au Sénégal, d’autre part à comparer ce vieillissement, tel qu’il est vécu en Afrique, et plus particulièrement au Sénégal, au Mali et au Burkina Faso, avec le vieillissement des immigrés sénégalais vivant à Marseille.

J.F. D. - Quel constat pouvez-vous d’ores et déjà dresser ?

L. G. - Nous avons pu constater que si les prévalences du vieillissement pathologique sont quasiment identiques, en revanche la fréquence de certains facteurs métaboliques et certaines maladies cardiovasculaires est plus élevée au Sénégal, ce qui nous a surpris. En effet, nous nous attendions à des résultats différents du fait d’une alimentation plus saine, tant au niveau des lipides que des sucres, en Afrique. Mais ce n’est pas le cas. Concernant la façon dont est vécu le vieillissement, il semble que les populations vieillissantes d’immigrés sénégalais de Marseille se plaignent d’une certaine solitude par rapport aux populations vivant au Sénégal. Ces dernières bénéficient en effet des bienfaits qu’apportent des relations sociales fortes, en particulier en milieu péri-urbain et rural où la famille reste présente.

J.F. D. - L’épilepsie n’est-elle pas une parfaite illustration du recul de la médecine traditionnelle par rapport à la médecine moderne en Afrique, et plus particulièrement au Sénégal ?

L. G. - Tout à fait. En Afrique, l’épileptique est considéré depuis toujours comme une personne possédée par une force démoniaque qui lui a été transmise par un jeteur de sort. Cette idée est renforcée par le fait que différents membres d’une même famille, voire des ancêtres, sont frappés par ce mal mystérieux. Or depuis cinq ans que nous menons nos travaux sur cette maladie, nous avons pu observer que les familles qui en sont atteintes cherchent à comprendre ce qui leur arrive. Or le fait de pouvoir leur expliquer qu’il s’agit d’une maladie organique les soulage. L’impact psychologique est tel qu’ils finissent par accepter les traitements de la médecine moderne au détriment de ceux de la médecine traditionnelle, coûteuse et inefficace pour soigner l’épilepsie. En effet, la médecine traditionnelle impose de sacrifier des bœufs et des moutons, et parfois d’entreprendre des voyages. Qui plus est, le traitement chimique est arrêté.

* Symposium organisé à l’initiative du CNRS, de l’UCAD, l’UB et le CNRST

** Professeur de Physiologie, docteur en neurosciences, neurophysiologiste, neurologue. Membre du Laboratoire de Physiologie de la Faculté de Médecine de l’Université de Dakar et du Service de Neurologie du CHU de Fann. Directeur-adjoint de l’Unité Mixte Internationale (UMI) CNRS-Afrique et coordonnateur du pôle Sénégal de cette UMI.

Contact : Profeseur Lamine Guèye

Courriel : lamine (at) gmail.com