Tierno Monénembo, prix Renaudot 2008

Le prix Renaudot a été attribué à Tierno Monénembo, le 10 novembre 2008, pour Le roi de Kahel, publié aux éditions du Seuil comme ses huit autres romans. Le roi de Kahel est la biographie romancée d’Aimé Victor Olivier, vicomte de Sanderval, personnage réel qui vécut vers la fin du 19ème siècle et rêva de conquérir le Fouta-Djalon (Guinée). Au temps des explorateurs et des colons, dans les cours de récréation, « les contes ne parlaient pas d’ogres et de fées, mais de sorciers et de cannibales courant avec leurs sagaies derrière le tout nouveau gibier apparu dans les jungles : les pères blancs et les colons »(p. 17). Ainsi attrape-t-il le « virus des colonies » en écoutant les récits du grand-oncle Simonet. La conquête ne se fera pas sans heurts, il devra effectuer plusieurs voyages, résister aux maladies tropicales, vaincre la méfiance des Français en « mission » dans la région et gagner la confiance des Peuls et de leur Chef, qui lui donnera une partie du territoire, le plateau de Kahel . Il obtiendra l’autorisation d’y régner. On l’appellera Yémé. Personnage connu à son époque, explorant le pays des Peuls, Olivier de Sanderval alias Yémé agit en solitaire, au moment même où la France officielle prend possession de ses colonies en Afrique de l’Ouest. Le roman s’inscrit en droite ligne des grands débats concernant l’entreprise coloniale, ses présupposés et ses conséquences et prolonge l’exploration et la reconstruction romanesques de l’histoire et des points de repères des Peuls (voir Peuls, 2004).

Tierno Monénembo, né en Guinée en 1947 a dû quitter son pays dès 1969, par la force des choses, en passant par le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Il vit en France depuis 1973 et construit une oeuvre exigeante et originale, composée à ce jour de huit romans et d’une pièce de théâtre (La Tribu des gonzesses, Cauris-Acoria, 2006). Si Les crapauds-brousse (1979), son premier roman très remarqué par la critique, nous raconte les violences et les atteintes aux droits humains dans la Guinée de Sékou Touré, la perspective proprement politique s’estompe aujourd’hui, laissant libre cours aux souvenirs de l’écrivain, à ses carnets de voyage, à sa vision d’une Afrique de tous les contrastes (Un attiéké pour Elgass, 1993, en souvenir de son passage à Abidjan au tout début des années 70). Cependant, autour de l’Afrique se tisse un noeud de relations plus ou moins visibles comme le montre Pelourinho (1995) qui tente de saisir la part africaine du Brésil. En outre, la tragédie du Rwanda, en 1994, lui a donné l’occasion d’écrire l’Aîné des orphelins (2000) roman magnifique qui raconte l’histoire de Faustin Nsenghimana, adolescent de quinze ans, de père hutu et de mère tutsi, aîné de quatre enfants. Le Renaudot 2008 vient donc couronner le travail de longue haleine d’un écrivain de talent. Comme il le dit lui-même, en ce jour de novembre : « c'est un prix pour nous tous. J'ai pensé que nous écrivions le même livre. On pense fortement à ceux qui nous ont quittés: Sony, Sassine, Adiaffi et les autres».■

Tanella Boni

Le roi de Kahel Editions Le Seuil Prix éditeur : 19 € ISBN : 978-2-02-085167-1