Les onze recommandations de la Cade face au changement climatique

Eté 2016: Les onze recommandations de la CADE

pour un positionnement fort et équitable de l’Afrique face au changement climatique

de la COP 21 à la COP 22

 

1) De meilleures politiques d’exploitation responsable et de gestion durable des forêts, développer et professionnaliser l’agroforesterie :

Pour permettre aux forêts de continuer à séquestrer du carbone, l’exploitation des entreprises forestières doit être liée automatiquement à la mise en place d’une régénération. Les Etas africains doivent investir dans les instruments et techniques de surveillance scientifique de la santé globale de leurs forêts. Les populations locales doivent être des parties prenantes actives à la protection de l’environnement et à l’aménagement du territoire, comme tous les acteurs de la filière bois, et en retirer des bénéfices en matière de santé et de sources de revenus. Les Etats doivent notamment imposer le respect scrupuleux des règles de traçabilité des produits bois, permettant aux consommateurs finaux d’acheter des produits labellisés « responsables ». Le développement de parcs nationaux, d’élaborations de plans d’aménagement avec une gestion durable doit s’accentuer. Un développement et une organisation des compétences de terrain s’imposent : prospecteurs, abatteurs, géographes, activités de transformation. La mise en place d’une agroforesterie doit permettre un mieux-être des populations qui sont appelées à en être les acteurs, que ce soit en zone forestière où la densité de population l’exige ou en zone sèche pour pallier la faiblesse du couvert végétal existant, tout en améliorant les rendements agricoles.

2) Les pays africains doivent mettre en place de vraies politiques et stratégies de développement et de transition énergétique, nationales et régionales:

L’Afrique ne valorise qu’environ 5 à 7 % de son potentiel d’énergies renouvelables, pour produire de l’électricité et du carburant propre. Les politiques de valorisation ne doivent se réaliser qu’en fonction des stratégies de leur propre développement, puis éventuellement de possibilités d’exportation. L’une des raisons de l’échec actuel du projet Désertec au Sahara tient à celà. La Commission de l’UEMOA a mis en place un fonds de facilité et de structuration des projets d’énergies durables de 80 millions d’€. Cet instrument sert de mise à niveau et de catalyseur, afin d’attirer par la suite de futurs gros investissements. Mais ce montant est très faible au regard des enjeux.

3) Fonds Vert pour le Climat:

Orientation stratégique, modèle de mobilisation de capitaux, décentralisation de labellisation de projets Le Fonds Vert doit être un instrument favorisant la justice climatique et le développement technologique, les articulations entre les politiques publiques et les initiatives concrètes des communautés locales et des entreprises. Si actuellement les projets doivent être soumis par l’intermédiaire d’entités accréditées, tels quel la Banque Mondiale, le PNUE, la BAD, l’AFD, il vaut mieux éviter de reproduire les failles des mécanismes de développement propre pris à la suite du protocole de Kyoto dont l’Afrique n’a bénéficié qu’à hauteur de 3 %.

4) Mettre en relief les initiatives de l’Afrique alliant adaptation et atténuation climatiques, opportunités économiques et destructions créatrices:

Deux exemples :    Le groupe SIFCA en Côte d’Ivoire met en construction d’une des plus grandes centrales à biomasse de l’Afrique à partir de résidus de palmiers à huile.     ISACA, le premier collecteur de déchets, a installé à ses propres frais deux centrales de captage de biogaz, évitant que le méthane s’échappe dans l’atmosphère.

5) Revaloriser et restructurer le Mécanisme de Développement Propre:

Contrairement au Fonds Vert dont les ressources mettront du temps à se mettre en place, le MDP peut être utilisé tout de suite. Il faut revaloriser les crédits Carbone : l’infrastructure du MDP existe jusqu’en 2020 et les décisions qui seront prises à la COP 21 n’auront d’effet qu’entre 2020 et 2030. D’ici 2020 c’est 2,5 milliards d’€ que l’on peut mobiliser pour payer 500 millions par an de crédits de Carbone africain à 5 Euros la tonne. Il y a en Afrique de nombreuses opportunités de réduction des émissions de CO2 : la séquestration du carbone, les énergies renouvelables, l’électrification décentralisée, rurale.

6) Transformer la vulnérabilité climatique du lac Tchad en zone d’incubation socio-économique au risque d’accentuer l’insécurité alimentaire:

Un travail de convergence des intérêts des pays riverains du lac Tchad doit être entrepris afin de rendre effectives une politique et une stratégie de transformation des vulnérabilités actuelles en un carrefour d’incubation socio-économique doté d’infrastructures adaptées, faisant de cette région une zone d’excellence. Ce qui implique la sauvegarde des systèmes hydrologiques, des écosystèmes, de la biodiversité, des activités agricoles de cette zone, évitant ainsi les migrations climatiques propices à l’insécurité et l’incorporation des jeunes de cette zone dans les mouvements terroristes.

7) Généraliser et développer la taxe sur les transactions financières:

La taxe sur les transactions financières est un bon moyen, qui ne coûte rien au contribuable et qui pourrait s’élever à 30 milliards d’euros par an, ce qui est considérable. Elle pourrait être en partie reversée au Fonds Vert. Cela permettrait d’avoir un impact sur le monde de la finance et d’apporter des fonds complémentaires pour l’adaptation. Il convient de déterminer à quelle hauteur et sur quels produits elle sera appliquée.

8) Concilier l’industrialisation des pays en développement et l’exigence de transition énergétique:

S’agissant du développement versus climat, des études ont démontré que les énergies renouvelables étaient plus accessibles et plus efficaces que les centrales à charbon. Ainsi, les prix de l’électricité en Afrique du Sud ont été multipliés par cinq pour financer les centrales à charbon. L’industrie et le secteur minier y accaparent 60 % de l’énergie produite et le prix de l’électricité est sept fois inférieur pour ce secteur à celui qui est proposé aux populations ! Développement et climat sont donc intimement liés et il ne faut pas scinder les deux problématiques.

9) Adapter les produits et services d’énergies renouvelables aux circonstances endogènes, en plus des gros investissements dans les infrastructures de production et de distribution d’énergies:

L’offre des produits et des services est appelée à correspondre à l’attente économique des populations. Certaines entreprises africaines et étrangères proposent des kits solaires photovoltaïques prépayés, remboursés par des paiements mensuels par téléphonie mobile.

10) Savoir négocier les transferts et échanges de technologies et de savoir-faire à la COP 21 et à la COP 22, en mobilisant au préalable ses propres compétences et savoirs:

Les synergies entre échanges de technologies et formation professionnelle doivent être prioritaires, en capitalisant au préalable les savoir-faire locaux. Le paradigme selon lequel les uns possèdent des technologies et les autres ne sont que des consommateurs et acheteurs des technologies, car incapables par eux-mêmes d’en produire, doit disparaître. Il existe en Afrique des ingénieurs et des innovateurs de haute facture, des pays comme l’Ethiopie ou le Maroc qui font déjà preuve d’une certaine maîtrise des technologies bas carbone, s’engagent même dans des investissements de R&D. Ce qui manque en Afrique, d’une manière générale, ce sont des écosystèmes d’innovation, des laboratoires industriels, des clusters énergétiques de plus grande échelle et de plus haut niveau.

11) Les 16 milliards de dollars de la Banque Mondiale, les 2 milliards d’€ de la France, promis à l’Afrique pour l’adaptation climatique doivent être affectés en priorité à des écosystèmes d’innovation, de compétences, combinés à des ressources financières africaines:

La formation professionnelle est à nos yeux la priorité des priorités. La création d’infrastructures d’innovations technologiques et sociales intégrées dans des économies circulaires, prenant en compte aussi les savoir-faire locaux, permettra aux pays africains de préparer leurs « autonomies techniques ».