L'Agriculture à la une

On reparle beaucoup de l’agriculture africaine en cette période de l’année. Plusieurs organisations internationales ont lancé un Fonds d’investissement à son intention. La Charte de l’aide alimentaire, datant de 1990, est en cours de révision. Les terres africaines produisent plus et mieux et intéressent beaucoup d’acquéreurs … à surveiller.

En réponse aux émeutes de la faim de 2008, l’Agence française de développement (AFD), la Banque africaine de développement (BAD), le Fonds international pour le développement de l’agriculture (FIDA), la fondation de Kofi Annan « Alliance pour une révolution verte en Afrique » (AGRA) ont créé un « Fonds d’investissement pour l’agriculture en Afrique ». Il s’adresse aux entreprises agro-industrielles et aux coopératives pour les aider dans leurs stratégies d’accroissement et de diversification des productions agricoles, en respectant l’environnement et en faveur du petit paysannat. Deux cents millions d’euros dans un premier temps, dans une perspective de 500 millions, concerneront les différents secteurs de l’agriculture et contribueront au renforcement des capacités professionnelles des petits agriculteurs. Le fonds veillera à assurer un dialogue entre autorités gouvernementales et organisations professionnelles.

De bonnes récoltes

Pour faire face aux conséquences des aléas climatiques, une Charte de l’aide alimentaire a été adoptée en 1990. Depuis lors la situation a évolué. Le problème n’est plus dans la disponibilité, mais dans la répartition entre régions d’un même pays et entre les pays. Lors de sa session d’avril dernier à Paris, le Réseau de prévention des crises alimentaires (RPCA) a entamé le processus de révision de cette Charte. Ce qui prendra du temps car le texte, une fois élaboré, devra être accepté par les organisations paysannes et la société civile, puis adopté par les instances officielles du Sahel : le CILSS (Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel) et le Club du Sahel.

Le Réseau vient d’ailleurs de publier les résultats de l’enquête agricole 2008 / 2009. Les productions céréalières sont en hausse en Afrique de l’Ouest et du Centre. 30 % de plus que la moyenne des cinq dernières années dans le Sahel. Grâce à une bonne pluviométrie et aux mesures gouvernementales, notamment les subventions aux intrants, la production de riz a atteint 2,67 millions de tonnes contre 1,85 en 2007. Par contre, les prix des céréales locales, influencés par ceux des importations, en baisse parfois, ont augmenté souvent de 15 à 40 % par rapport aux cinq dernières années. Les échanges entre pays sont satisfaisants. Des activités de contre-saison rémunératrices ont permis aux ménages ruraux de préserver leurs stocks céréaliers. La situation nutritionnelle globale s’est légèrement améliorée, mais reste préoccupante pour les enfants de moins de cinq ans et dans certaines régions, par exemple le nord du Ghana et de la Côte d’Ivoire. La période de soudure, qui commence, va amener une réduction des réserves et une augmentation des prix, qui pénaliseront certaines populations, non productrices, qui dépendent, en ville comme dans les villages, des marchés alimentaires.

Le sort des terres africaines

A la demande de la FAO et du FIDA, l’Institut international pour l’environnement et le développement (IIED) de Londres, a fait une étude dans six pays (Ghana, Mali, Kenya, Madagascar, Mozambique et Zambie) sur les acquisitions de terres. Elle est intitulée « Accaparement des terres ou opportunités de développement. Investissements agricoles et transactions foncières internationales en Afrique». La diversité des régimes fonciers, « traditionnels, ethniques, modernes, … » rend très difficile la maîtrise de ces transactions, soumises à l’appétit des acheteurs et à la plus ou moins grande honnêteté des autorités locales. Pour préserver leur patrimoine, dans certains Etats, on ne « vend » pas, on « loue » en « concessions » de 20 à 99 ans. Cette formule est une garantie, car les « concessions » sont révisables. On l’a vu pour les entreprises minières. Les populations ne sont pas toujours informées. Or parfois leur sort en dépend. Les avantages promis sont rarement précis et sont situés dans un avenir plus ou moins lointain : créations d’emplois, constructions d’infrastructures, valorisation des prix agricoles, etc…

Les acquéreurs sont plus souvent des entreprises privées étrangères que des gouvernements, mais les investisseurs nationaux existent aussi. Leurs motivations proviennent surtout de leurs inquiétudes à propos de la sécurité des approvisionnements alimentaires et en énergie de leur propre pays. Il y a aussi des perspectives de profits pour leurs industries nationales, qui disposeront ainsi de matières premières agricoles moins onéreuses.

Le rapport souligne que si ces transactions sont effectuées dans la clarté, elles peuvent contribuer au développement d’une région. Les responsables africains sont là en première ligne. L’étude de l’IIIED, qui ne parle ni de spoliation ni d’accaparement, leur apporte des clés pour discuter et se protéger. A eux de s’en servir. Au demeurant, ces acquisitions à grande échelle ne toucheront qu’une petite partie des terres disponibles, car celles de qualité sont déjà cultivées ou appropriées par les populations locales. Sauf, évidemment, si elles sont expulsées. C’est localement que le problème se pose et qu’il doit être réglé. La « communauté internationale » a fait son devoir en finançant et en diffusant cette étude.

Robert Ginésy