Mutualisme à capital variable et à voix humaine

L'implantation des agences Mucodec au Congo Brazzaville. © Mucodec
L’implantation des agences Mucodec au Congo Brazzaville. © Mucodec

Dans quelques semaines, les Mucodec (Mutuelles congolaises d’épargne et de crédit) fêteront leur 25éme anniversaire ; une célébration qui ne sera pas vécue comme un aboutissement mais comme une pierre significative sur un chemin assez étonnant qui a conduit cette fédération de caisses locales d’épargne et de crédit à occuper tout le paysage bancaire des particuliers, artisans et commerçants de la République du Congo.

Contrairement à son immense voisin, la République Démocratique du Congo, dont la capitale, de l’autre côté du fleuve, est Kinshasa (8 millions d’habitants pour cette seule agglomération), le Congo Brazzaville est un petit pays d’Afrique, 4 millions d’habitants pour 370 000 km².

Il fonde sa richesse sur deux ressources naturelles : le bois et le pétrole qui en font un pays de rente à la diversification problématique. Son agriculture, qui occupe 40 % de la population active, lui autorise une quasi autonomie alimentaire mais ne dégage pas un produit intérieur significatif.

Les deux tiers de la population sont regroupés dans les villes du sud du pays, essentiellement Brazzaville et Pointe-Noire ; cette dernière, capitale économique et pétrolière, ouvre le pays à l’Atlantique.

C’est dans ce contexte que le CICM et la coopération française répondent à la demande des autorités locales qui souhaitent, en 1984, la création d’un réseau de mutuelles d’épargne et de crédit.

L’affaire est rondement menée puisque, 10 ans plus tard, 50 caisses locales irriguent le pays et 50 000 sociétaires apportent près de 3 milliards de FCFA d’épargne. Côté crédits, le tableau est plus mesuré puisqu’ils peinent à atteindre le demi-milliard.

Entre temps le pays a connu, en 1993, de sérieux troubles qui ont totalement gelé la vie du pays pendant six mois. Mais cette flambée n’était rien à côté de l’embrasement et de la guerre civile qui allaient paralyser toute vie sociale et économique entre 1997 et 1999.

Fort heureusement, avant que n’éclatent ces évènements, les Mucodec étaient suffisamment structurées pour avoir accès aux coffres de la banque centrale.

De la sorte, au sortir des évènements, malgré un réseau quasi anéanti, l’essentiel des avoirs des sociétaires était préservé.

Cette situation explique pour une grande part la solidité et l’implantation actuelle des Mucodec.

Alors que toutes les institutions du pays étaient anéanties, les Mucodec ont pu repartir immédiatement, même si ce redémarrage a demandé un effort considérable pour reconstruire le réseau. Le montant de la reconstruction est évalué à plus de 8 millions d’euros... Mais les Mucodec ont acquis de ce jour un bien précieux : la confiance. Le réseau s’est rapidement recentré autour des deux grandes villes, mais a conservé des implantations dans 15 préfectures. Assez curieusement, aujourd’hui encore, quatre Caisses de la région du Pool, au Sud Ouest de Brazzaville n’ont d’existence que sur le papier, le secteur n’étant pas considéré comme sûr. Les sociétaires viennent effectuer leurs opérations à Brazza…

Le réseau Mucodec compte aujourd’hui 31 caisses juridiques et 9 points de vente ; de 50.000 avant la guerre, le sociétariat est passé à plus de 220.000. Si l’on considère qu’un foyer congolais moyen est fort de 10 personnes, le taux de pénétration est impressionnant.

En valeur, la progression des Mucodec est encore plus impressionnante. De 1994 à aujourd’hui l’encours des dépôts a été multiplié par près de 45… Passant de 2,3 Mds CFA à plus de 93 Mds CFA en 2008. Si les crédits ont également suivi une très forte progression, avec 24 Mds d’encours, ils restent le petit point faible des Mucodec avec un coefficient d’engagement qui peine à décoller de 25 %.

Avec 350 salariés et 287 élus, les Mucodec ont dégagé en 2008 un PNB de 7,5 Mds CFA et un résultat de 2,7 Mds, ce qui leur permet d’assumer des investissements immobiliers importants pour doter le réseau d’immeubles qui renvoient aux sociétaires l’image d’une institution solide et pérenne car, désormais, l’enjeu des Mucodec est de pouvoir passer à la vitesse supérieure en participant plus avant au développement du pays qui commence à poindre.

Seules en place pour assurer la collecte de l’épargne populaire, les financements familiaux ou de proximité, les Mucodec ont pour ambition d’accéder au financement des entreprises où elles trouveront sur leur chemin les banques européennes traditionnelles mais aussi des établissements spécifiquement africains à capitaux souvent venus du Moyen-Orient ou du Maroc.

Un des outils de ce développement est la création d’une banque de plein exercice disposant de tous les agréments internationaux de la sous-région Afrique centrale. Le tour de table, auquel participera le Crédit Mutuel français, est en cours de constitution.

Cerise sur le gâteau, les Mucodec ont aussi pour projet de créer une radio qui lui permettra d’être au quotidien à l’écoute et au service de ses sociétaires. Une radio d’échange et de dialogue, à l’image des radios libres qui ont créé une vraie dynamique de territoires en France dans les années 80.

Yann Gauthier