HOMMAGE A MIRIAM MAKEBA

Je voudrais remercier très sincèrement l’Ambassade d’Afrique du Sud en France d’avoir bien voulu m’associer, en ma qualité d’Ambassadeur honoraire du Sénégal, à cet hommage rendu aujourd’hui à Miriam MAKEBA. C’est un bel hommage à la plus grande chanteuse africaine de ce XXème siècle dont la voix extraordinaire, au service de la musique et de la lutte acharnée contre l’odieux régime de l’apartheid, lui a valu – au-delà des frontières de son pays – le prestige mérité et la considération de tous.

Nous venons de perdre « Mama Africa », une artiste vraie et débordante de vie, modeste et si profondément engagée contre l’arbitraire et la violence. Elle incarnait avec talent toute la chaleur émotionnelle de notre Continent et la beauté de ses rythmes nous fascine car elle dérive de cette sensibilité qui anime toute sa création musicale. Exceptionnellement douée, son grand succès Pata Pata allait gagner la ferveur de tous les peuples du monde. La disparition de cette grande figure de proue est une immense perte pour l’Afrique et le monde.

Sa voix que je me plaisais à écouter souvent me permettait de sentir et de découvrir en elle une générosité de coeur, une grande chaleur humaine et un sens élevé de l’humanisme fraternel.

Quelle authenticité en elle ! Elle savait rester elle-même, luttant jusqu’au dernier moment de sa vie pour un noble idéal : montrer au monde la dignité de l’homme noir et contribuer avec d’autres artistes à affirmer sans complexe les valeurs de l’Afrique - mère. Elle vivait ainsi pleinement son éternelle jeunesse parmi les contradictions de la vie et les préjugés tenaces de sociétés complexes encore en quête de leur identité.

Miriam MAKEBA s’est éteinte le 10 novembre dernier, à l’âge de 76 ans, rejoignant dans la mort d’autres artistes et écrivains de talent qui ont profondément marqué notre univers culturel. Je ne saurais trop la remercier de m’avoir appris, à travers son expérience vécue, à ne jamais abandonner le combat et à mieux percevoir l’importance réelle de ces fameux droits de l’homme. A l’instar du poète Léopold Sédar Senghor, ce chantre de l’africanité, elle m’a aidé aussi à mieux cerner la véritable dimension de l’âme africaine si intensément enracinée dans ses valeurs culturelles, ouverte sur le monde et fidèle au dialogue avec les autres cultures. Puissions-nous, tous, honorer sa mémoire et rêver toujours avec elle d’une grande Afrique unieoù, différents les uns des autres, nous goûterons le bonheur de vivre ensemble le même destin.

Que sa famille trouve ici l’expression de notre hommage ému et que Dieu miséricordieux la porte aux voûtes célestes de la Nation arc-en-ciel.■

Henri Senghor
Ambassadeur Honoraire du Sénégal
Paris, le 14 novembre 2008