Vérone Mankou

Inventeur de l’écran tactile Way-C : haute technologie africaine en émergence ?

Tablette Way-C
Tablette Way-C

La haute technologie africaine commencerait-elle à émerger, à être une réalité? Un jeune informaticien du Congo-Brazzaville, Vérone Mankou qui à moins de 30 ans, va lancer la première "tablette tactile" africaine dont il est le concepteur, la Way-C. Après avoir créé en 2005 une agence de communication interactive et de technologies internet, il a travaillé depuis plus d'un an à la conception de cette tablette qui est censée répondre au contexte africain. Cette phase de recherche et développement lui aurait coûté 130 000 € (85 000 000 francs CFA), financé sur fonds propres.

Dans quel marché mondial la Way-C rentre t-il ? 17 millions de tablettes s’étaient vendues au niveau mondial en 2010, plus de 63 millions de tablettes devraient être vendues en 2011, un marché largement dominé par l’iPad d’Apple avec 73% des parts de marché et secondé par Samsung avec Galaxy Tab 10.1. Pour 2015, les cabinets d'études technologiques prévoient que les ventes mondiales atteindront le chiffre de 326 millions d’unités écoulées.

Dans ce contexte d'un business en forte croissance, Vérone Mankou, s'ancre dans une segmentation et « niche » africaine, en proposant une tablette de 7 pouces (plus petit que le 9,7 pouces de l'iPad), qui fonctionnera avec le système Android 2.3 de Google, un processeur de 1,2 GHz de fréquence, une mémoire RAM de 512 Mo de capacité, un espace disque de 4 Go. Appareil qui sera pratique pour se connecter à internet par un fournisseur d’accès traditionnel ou par un opérateur de téléphonie mobile grâce à son WIFI et l’accueil d’une carte SIM. Le prix de vente s'adapte au pouvoir d'achat africain, soit 228 euros (alors que le modèle d’entrée de gamme de l’iPad d’Apple est de plus de 500 €).

Si l'assemblage et la construction s'effectuent à Shenghzen, en Chine (tout comme d'ailleurs Apple), l'intégralité du design, l'architecture et l'ingénierie sont réalisés au Congo et par des congolais. Selon nous, la véritable valeur ajoutée d'un produit se trouve dans ses aspects immatériels de conception, d'innovation, de marketing, et non forcément dans la fabrication physique du produit fini. Ce qui devrait donc exclure toute polémique sur l'origine ( « africaine ou chinoise ? ») du produit. D'ailleurs Vérone Mankou prévoit que la tablette sera dotée de l'inscription "Engineered and designed in Congo", en plus de « Made in China ».

Le développement commercial sera axé dans une première phase sur des ventes de l'ordre de 10 000 tablettes au Congo à partir de la mi-octobre 2011, avant de s'attaquer rapidement aux autres pays africains, par création de boutiques et réseaux de représentants distributeurs. En effet ce produit doit intéresser pratiquement toute l'Afrique.

Cet exemple suscite néanmoins des questions structurelles africaines qui doivent impérativement interpeller les responsables politiques et économiques africains. Le retard infrastructurel et logistique oblige des entrepreneurs innovants à réaliser l'industrialisation de leurs produits en dehors du continent africain, ce qui est une perte de compétitivité et une perte de possibilité d'embauche. Pourquoi n'existent-ils pas de plus de fonds africains d'investissements en capital risque ou de banque de PME pour accompagner des projets innovants et réalistes, puisque Vérone Mankou a dû financer seul le début de la création de son produit au risque de mettre en péril son agence de communication interactive ?

Au niveau des entreprises africaines, nous insistons souvent auprès de leurs dirigeants, sur le manque de stratégie de marque et de label car dans le business moderne, il est en soit une valeur, un actif stratégique, tout comme les brevets. Espérons donc que la Way-C puisse être un label qui marquera son public, non seulement par son design mais par son efficacité technique et ergonomique. De même, il est à conseiller à Vérone Mankou pour la pérennisation de son entreprise, bien avant que son produit n'arrive à maturité, encore de l'innovation, de la diversification technologique ou de marchés qui doivent être une constante. Ce que de nombreuses entreprises africaines ont encore du mal à réaliser. iPad 2 sera déjà dépassé au premier trimestre 2012 ! Apple voulant constamment « réduire » la concurrence ( notamment Samsung) et toujours prendre de l'avance lancera iPad 3 avec un écran haut résolution, plus tourné vers du 16/9 ème que le 4/3 de l'ipad 2, une connexion éthernet, et un processeur encore plus puissant ( il est vrai qu'eux ont énormément de capacité d'autofinancement !!).VMK « à sa modeste mesure »prévoirait déjà d'autres applications de contenus propres à l'Afrique, ainsi qu'un « smartphone africain » !

Est-ce donc l'amorce de la création et production en hautes technologies africaines, inversant la simple importation et consommation des technologies occidentales et asiatiques ? Il existe en Afrique d'autres inventeurs technologiques mais qui manquent cruellement de capacité financière, de visibilité médiatique et de pôles d'excellences autour d'eux. Puisse ce projet faire des émules d'autres talents africains. D'ailleurs, VMK le nom de la société de Vérone Mankou signifie en langue Kikongo « Vou Mou Ka », c'est à dire veut dire "Réveillez-Vous" !!! Un symbole en action !!

Roland Portella,
Consultant Business Development, Vice-président de la CADE