Malawi. La deuxième femme chef d’Etat en Afrique est une Malawite

Joyce Banda

Il est des pays que les medias ne mentionnent pas souvent, sauf si l’extraordinaire s’y produit : tel est le cas du Malawi, pays enclavé d’Afrique de l’Est, entre la Tanzanie au Nord-Est, le Mozambique à l’Est et au Sud, la Zambie à l’Ouest.

Très petit pays en comparaison aux autres pays de la région, cet ancien protectorat britannique (en 1891) devenu indépendant en 1964, a en effet, défrayé la chronique depuis le 07 avril dernier, avec l’arrivée d’une femme, en la personne de Joyce Banda, à la tête de son Etat.

Agée de 62 ans, éduquée en Italie, cette mère de trois enfants, reconnue pour ses nombreux combats féministes qu’elle a concrétisés par la création de la Fondation Joyce Banda qui promeut l’émancipation des femmes par l’éducation des filles, s’est aussi illustrée par la carrière politique qu’elle a pu mener depuis plus d’une dizaine d’années. De 2004 à 2006, elle fut ministre des Femmes et de l’Enfance, puis ministre des Affaires étrangères de 2006 à 2009, date à laquelle elle devient la première femme à occuper le poste de Vice-présidente au côté du Président Bingu wa Matharika, qui est donc décédé brutalement. Les proches de ce dernier ont multiplié les manoeuvres en coulisses pour écarter Joyce Banda du poste présidentiel qui lui revenait, conformément à la Constitution. Femme de conviction, volontaire et rigoureuse, elle bénéficie aujourd’hui d’une popularité incontestable auprès de la majorité de la population malawite. Cependant, jusqu’aux élections présidentielles de 2014, Joyce Banda aura de nombreux défis à relever, et ceci sur tous les plans : dans un premier temps, elle devra consolider ses soutiens politiques dans un contexte encore marqué par la corruption au plus haut niveau de l’Etat ; par ailleurs, l’unité nationale du Malawi est sans cesse menacée par une fragmentation des partis politiques nourrie par des divisions régionales et « ethniques ». L’économie du pays est exsangue, l’aide internationale est gelée depuis 2011, en raison des dérives autoritaires du régime, alors que les trois quarts de la population (estimée à 16 millions) vivent en-dessous du seuil de pauvreté ; pour l’IDH, le Malawi est classé 164ème sur 177 pays, le revenu par habitant y est de 596 $ (20 000 $ pour la France).

Pour autant, l’optimisme insufflé par l’arrivée de Joyce Banda à la présidence ne s’en trouve pas terni dans l’immédiat, et les pays donateurs comme les investisseurs étrangers ont commencé à lui apporter leur soutien.

Deuxième femme africaine à veiller à la destinée de son pays après Ellen Johnson Sirleaf au Liberia, Joyce Banda représente surtout aujourd’hui une symbolique forte pour tout le continent africain qui écrit aussi son avenir avec la place accordée aux femmes dans les plus hautes sphères du pouvoir et des responsabilités.■

Claudie Lasserre-Rasoazanamanana