Madagascar : une feuille de route politique ou économique ?

Depuis le début d’une crise politique majeure en 2009, Madagascar s’est enlisée dans une impasse nourrie par un consensus introuvable entre les partisans du Président déchu Marc Ravalomanana et ceux de Andry Rajoelina, devenu Président d’une Haute Autorité de Transition pour avoir organisé la chute du précédent, sans oublier ceux des deux anciens Présidents Zafy et Ratsiraka. Le 17 septembre dernier, d’autres « groupements politiques » ont rejoint ces partis, pour signer « une feuille de route » de sortie de crise élaborée sous l’égide de la SADC (Communauté de développement de l’Afrique australe).

Le contenu de cet accord est essentiellement axé sur la mise en place d’une transition consensuelle, la levée des obstacles afin de mettre en place des institutions de transition et l’organisation des futures élections présidentielles et législatives. Bien que les modalités de partage des sièges entre les groupements fassent encore l’objet de tractations confuses entre les forces partisanes en présence, la communauté internationale a salué cette avancée vers un climat d’apaisement bénéfique à la démocratie et au dialogue entre Malgaches. Afin de soutenir ce processus de transition, la communauté internationale (représentée par la SADC, l’Union Africaine, les Nations Unies, l’Organisation internationale de la Francophonie...) s’est engagée à apporter son soutien politique, technique et financier, ce qui signifierait aussi la levée progressive et conditionnée des sanctions imposées à Madagascar depuis 2009.

Au fond, le régime actuel se trouve au coeur d’une contradiction qui consiste à sauvegarder une souveraineté politique tout en cherchant des appuis extérieurs notamment économiques. En effet, les analyses ont démontré que Madagascar fait partie des pays qui ne peuvent se passer des aides (budgétaires, techniques, technologiques) des principaux bailleurs de fonds étrangers ; l’apport de ces derniers, qui représentait 70 % du budget d’investissement de l’Etat avant la crise politique, se trouve bloqué aujourd’hui (voir Marchés tropicaux et méditerranéens, 13 septembre 2011).

Par ailleurs, les investisseurs étrangers qui considèrent Madagascar comme un pays dit « à risque », ont baissé leurs contributions de 19 % ; à ceci s’ajoutent la fermeture des Zones franches, la chute des exportations de crevettes malgaches (40 % en 5 ans), et la dégringolade du secteur textile ($ 212 millions en 2009 à $ 55 millions en 2010), qui avait bénéficié des avantages fiscaux liés à l’appartenance de Madagascar à l’AGOA (African Growth and Opportunity Act : une loi votée en 2000 aux Etats-Unis par le Congrès, dont l’objectif est de soutenir l’économie de certains pays africains en facilitant l’accès de leurs produits sur le marché américain).

Toutes ces données chiffrées resteraient cantonnées dans les calculs économiques savants si elles n’avaient pas de conséquences visibles sur le niveau de vie (ou de la vie tout simplement) et le quotidien de la majorité des Malgaches dont 76 % sont considérés comme « pauvres » (vivant avec moins de $ 1,25 par jour) contre 68 % en 2005 (chiffre publié par l’ONU dans Marchés tropicaux et méditerranéens, 13 septembre 2011).

La déscolarisation des enfants, la malnutrition, le chômage urbain et l’insécurité dans certaines zones touristiques sont autant de signes d’une économie aujourd’hui fragilisée. Il serait donc judicieux de reconnaître que la signature de cette feuille de route par les principaux acteurs politiques ne pourrait être le gage d’un climat social apaisé que si elle apportait des solutions concrètes aux préoccupations immédiates de la majorité des Malgaches, ne serait-ce que la baisse du prix des denrées de base comme le riz.

Aussi, la mise à jour d’une « feuille de route économique » devrait également faire partie des priorités, voire des urgences, avec le soutien escompté des aides internationales, et ceci malgré les doutes sur l’efficacité de ces dernières pour enclencher un véritable processus de développement ; mais ce débat ne pourrait être d’actualité au vu de la situation économique qui prévaut aujourd’hui à Madagascar.

Claudie Lasserre-Rasoazanamanana