Madagascar. Proteger l'environnement : avec quels acteurs ?

La rivière Imamba a englouti maisons et voitures à Sabotsy Namena. Cyclone Giovanna, février 2012. Photo du blog http://giovanna77.blogg.org

Le 17 février dernier, Madagascar a été littéralement balayée par le cyclone Giovanna, d’une violence rare, laissant derrière lui 31 morts, 250 000 sinistrés, des villages exsangues suite aux inondations, notamment ceux situés sur la côte Est. Aux pertes humaines, dues en grande partie à la précarité des habitats et des conditions de vie, s’ajoute l’ampleur des dégâts matériels et environnementaux ; des milliers d’arbres déracinés, des rizières et plantations (de cultures d’exportation) ravagées. Dans le cas des régions de Madagascar situées dans une zone soumise à ces aléas climatiques, cette désolation ressemble malheureusement à du déjà vu ; elle suscite aussi par ailleurs quelques interrogations sur les moyens mis en oeuvre pour protéger l’environnement de la Grande Île, dont la fragilité mais aussi la beauté ont été maintes fois soulignées par des observateurs de tous bords.

Madagascar est en effet réputée pour sa flore et sa faune exceptionnelles et 80 % de son patrimoine sont endémiques (une espèce végétale ou animale est dite endémique d’une région déterminée si elle n’existe que là), à l’image du baobab qui se décline sous huit espèces sur la planète, et dont six ne subsistent qu’en terre malgache ; Madagascar est aussi classée parmi les premiers pays où la biodiversité (diversité naturelle des êtres vivants) est des plus riches.

Cependant, les travaux des organisations internationales ont démontré l’importante dégradation de ce patrimoine, dont certains éléments sont aussi inscrits parmi les biens publics mondiaux (les forêts de l’Est malgache par exemple). Cette situation qui n’a cessé de s’aggraver pendant des décennies, à l’image de la diminution progressive du couvert forestier (il couvrait en 1950 de 24 à 28 % du territoire national et n’en couvre plus que 16 à 17 % en 2010), est due à la combinaison de plusieurs facteurs : les activités humaines comme les cultures sur brûlis pratiquées par les agriculteurs, la surexploitation des espaces réservés à la pêche, les déchets industriels et surtout, dans la majorité des cas, une consommation d’énergie domestique caractérisée par la domination du bois comme combustible qui conduit à une déforestation continue, menaçant tant la faune (les lémuriens par exemple) que la flore.

Les conclusions alarmantes de ces travaux avaient provoqué une prise de conscience indéniable au niveau des autorités malgaches qui avaient mis en place un Plan national d’action environnementale (PNAE), un plan à long terme exécutable en 15 ans et basé sur une charte adoptée en 1990, elle-même soutenue par la Banque mondiale, des Agences internationales et des ONG comme le WWF (World Wildelife Fund). Des mesures audacieuses comme la mise en place des aires protégées (au nombre de 41 aujourd’hui) ont été marquantes au début des années 1990, et, financées par l’Etat malgache avec l’aide de partenaires étrangers, elles ont permis, une redistribution partielle des bénéfices de l’écotourisme au profit des populations locales. Cependant, au cours des années 1990, la grande vulnérabilité et la paupérisation de certaines communautés rurales et leur dépendance aux ressources naturelles semblent avoir disparu des discours, et donc des préoccupations et des débats, appauvrissant ainsi l’argumentation en faveur des mesures prévues.

La décentralisation amorcée il y a une décennie avait favorisé la responsabilisation des acteurs locaux mais les problèmes économiques immédiats ont généré d’autres urgences : la biodiversité n’était plus au centre des préoccupations et aujourd’hui, la surexploitation du bois précieux dans les forêts de l’Est malgache, devenu un commerce illicite, profite à quelques acteurs locaux mais aussi à des puissances étrangères comme la Chine, dotée d’une superpuissance financière.

Force est donc de souligner que la sauvegarde du patrimoine environnemental malgache nécessite plus que jamais une mobilisation de nouveaux et de plusieurs acteurs dont les populations locales devenues méfiantes envers une administration trop centralisatrice, et qui sont pourtant les premières concernées. Par ailleurs, les associations promues par des spécialistes (biologistes, botanistes...) se sont déjà mobilisées et avec les ONG (malgaches et étrangères) elles se présentent aujourd’hui comme des acteurs éclairés. Les apports en capital accordés par les instances internationales (la Banque mondiale a accordé 36 millions € en août 2011) mériteraient une gestion plus rigoureuse de la part de l’Etat, acteur décisionnaire qui ne peut plus s’opposer à la société civile pour sauvegarder un patrimoine environnemental gravement menacé par les difficiles conditions de vie des populations aussi bien dans les villes que dans les campagnes.■

Claudie Lasserre-Rasoazanamanana