Madagascar : « Terre des ancêtres »

En Afrique, la terre n’a pas encore acquis son statut de valeur d’échange, encore moins celle de valeur marchande. Dans la société malgache plus précisément, la terre des ancêtres (tanindrazana) représente le lieu où sont enterrés les ancêtres : une bourgade plus ou moins connue, un petit village plus ou moins éloigné de la ville. C’est un lieu sacré : « la terre qui y nourrit les vivants, recouvre aussi les morts » (proverbe malgache). Ce village reste un port d’attache pour tout individu (et pour toute sa famille), quel que soit son rôle au sein de la cité : (marchand ambulant, intellectuel ou dignitaire de l’État). Chacun est appelé à l’entretenir le mieux possible de son vivant en y investissant un peu du capital acquis ailleurs. Tout individu sait aussi qu’après son dernier souffle, il retournera au sein de cette terre où sont déjà ses ancêtres.

Dans le système de croyances légué par les ancêtres justement, dans la société malgache, on ne meurt pas, on devient ancêtre : on rejoint ainsi ceux qui sont au sommet de la pyramide des vivants. On comprend donc aisément les réticences que peut soulever tout projet qui touche à la terre, cette valeur sacrée qui ne peut être soumise à la loi de l’offre et de la demande, quel que soit le projet de société défendu. La terre est avant tout l’alpha et l’oméga qui forment la trame d’une vie.■

Claudie Lasserre