Congo-Océan. De Brazzaville à Pointe Noire. 1873 - 1934

Éditions Frison Roche, Paris, 2010

Ce livre magnifique écrit par Blondine Sibille et Tuan Tran Minh se lit d’un trait tant le style est fluide et son contenu prenant. L’exceptionnelle et délicate objectivité des auteurs leur permet de traiter au fond des aspects les plus exaltants, mais aussi des faces les plus sombres d’une incroyable aventure décidée par quelques-uns et qui a bouleversé la vie politique, culturelle, économique des sociétés vivant dans cette Afrique équatoriale, à l’époque encore bien mystérieuse, voire inquiétante pour l’Européen nouveau venu.

Dans une première partie, que le grand public peu familier de l’Afrique appréciera, les auteurs brossent à larges traits et dans un excellent raccourci, les étapes majeures de la « découverte » et de la pénétration de l’Afrique subsaharienne par les aventuriers, voyageurs, commerçants, marins… , arabes puis européens. Et au « Congo », dans le dernier quart du XIXème siècle, avec l’explorateur humaniste Pierre Savorgnan de Brazza, apparaît l’idée et s’impose la nécessité, en zone alors sous ambition française, d’un lien ferroviaire entre la côte du Gabon connu et les rives du grand fleuve Congo récemment atteint.

Dans la deuxième partie de l’ouvrage les auteurs rappellent les hésitations, palinodies et tergiversations de quelque trente années qui marquèrent le temps nécessaire à l’élaboration d’un tracé et d’un projet acceptable pour le futur chemin de fer, l’obstacle le plus redoutable s’avérant être le mystérieux massif du Mayombé.

La troisième partie, sans doute la plus exaltante mais aussi la plus terrifiante par les sacrifices engendrés, relate la progression des chantiers sous la poigne de fer du gouverneur général Raphaël Antonetti pour qui, comme le rappelle l’éminent professeur Marc Gentilini dans sa préface, « la réalisation des voies de communication était la base même des progrès de la civilisation ».

Et comme le confirme la quatrième partie de l’ouvrage, ce ruban de fer si effroyablement coûteux en vies et peines humaines, qui relie aujourd’hui Brazzaville à Pointe Noire, constitue bien le principal poumon de l’économie congolaise.

Une belle réussite, un prix humain exorbitant ? Telle est la question lancinante que ne peut manquer de se poser le lecteur tout au long de ce beau livre, dont la qualité historique reflète une recherche documentaire approfondie, rigoureuse, obstinée, tant les sources sont parfois difficiles à identifier et à capter. L’iconographie est en particulier exceptionnellement riche en cartes, dessins, gravures, photographies que beaucoup de lecteurs, même initiés, découvriront avec plaisir ou remords.

Que les auteurs soient vivement félicités et remerciés pour ce remarquable apport à la vérité historique, ainsi que ceux auxquels l’ouvrage est dédié et qui l’ont sans doute favorisé, en particulier une mystérieuse Nicole en laquelle certains reconnaîtront une documentaliste émérite et … la maman d’un des auteurs.

René Tourte