Yâkâré, une rencontre fructueuse autour du récit de vie d'un travailleur immigré sénégalais.

La Lettre de la CADE n°152 de Mai 2012 avait annoncé dans ses colonnes la réédition par Présence Africaine de « Yâkâré », un livre autobiographique d’Oumar Dia, un travailleur immigré sénégalais. Henri Senghor vous en livre ci-après une présentation.

Le samedi 29 septembre, Oumar Dia présentait son livre Yâkâré, autobiographie d’Oumar à la librairie Présence Africaine, devant une assistance composée notamment de nombreuses personnes issues de la migration, et devant Madame Christiane Diop, directrice des Éditions Présence Africaine. Les exposés introductifs avant débats et signatures ont rappelé la genèse d’un ouvrage original et important, à l’heure où se tiennent de vives controverses autour de la migration. Le livre avait été publié chez Maspéro en 1982, et l’édition nouvelle est enrichie d’une préface de Mamadou Dia et d’un épilogue poussant le fil du récit jusqu’au temps présent.

Il est exceptionnel qu’un travailleur immigré prenne la parole pour publier et raconter son parcours de vie et donner tout son poids de vérité à l’aventure vécue depuis des décennies et plus par des paysans africains, contraints de quitter leur terroir pour assurer la survie élémentaire de leur famille et de leur village, tout en prenant leur part à la vie économique et sociale de la terre d’accueil. Oumar a dû ainsi, comme nombre de jeunes d’aujourd’hui, affronter la traversée initiale combien périlleuse, dans des conditions proches de la traite négrière d’antan. Il a rejoint les parents immigrés dans la région parisienne, et pris pied, avec intelligence et courage, dans cet univers nouveau. Il vit alors la carrière professionnelle d’aide-soignant dans un établissement de personnes âgées, auprès desquelles, avec écoute et respect, il découvre la société occidentale. Il fonde une famille et affronte les problèmes de l’intégration vécue avec lucidité et résolution, sans déroger au devoir de solidarité avec sa terre d’origine.

Le débat a ceci de passionnant qu’il apporte notamment un précieux éclairage sur la question tant discutée du communautarisme. Le témoignage d’Oumar s’attache à dénoncer la confusion faisant procès aux immigrés de créer des ghettos hostiles au sein du tissu social. Il illustre, dans le récit de son vécu, qu’on peut lutter contre le communautarisme-ghetto sans pour autant renoncer au nécessaire lien social : il montre que l’on peut vivre dans une communauté ouverte et solidaire à la fois, acceptant les appartenances multiples et la richesse des échanges culturels variés et complémentaires, au sein de la grande communauté républicaine. Il montre aussi que cette situation permet un rapport Nord-Sud renouvelé, l’aide des migrants à leur terroir dépassant largement les apports de l’aide publique au développement. Ainsi donc, un témoignage irremplaçable de la créativité solidaire en partage entre l’Europe et l’Afrique à laquelle la CADE s’est attachée avec force.■

Henri Senghor

Oumar Dia et Renée Colin-Noguès, Yâkâré, autobiographie d’Oumar, Présence Africaine, 25 bis rue des Écoles 75005 Paris, 2012. 18 €.