Les clés de la crise ivoirienne

Les cléfs de crise ivoirienne

Sous le titre Les clefs de la crise ivoirienne, Jean- Pierre Dozon nous propose, en fait, une petite histoire de la Côte d'Ivoire coloniale et post-coloniale. Il nous rappelle que « la colonisation de la Côte d'Ivoire fut... tout particulièrement brutale et traumatique, se soldant par une lourde mortalité indigène dont furent responsables non seulement les actions militaires, mais aussi les disettes consécutives aux réquisitions et aux déplacements de populations ». De 1908 à 1913, un gouverneur à poigne, Gabriel Angoulvant, entreprit de pacifier la Côte d'Ivoire, « ce qui signifia que partout, mais principalement à l'Ouest et au Centre, les troupes coloniales, augmentées de bataillons provenant principalement du Soudan voisin, réduisirent les résistances, arrêtant, fusillant, infligeant des amendes de guerre et organisant le désarmement des populations ainsi que le déplacement des villages récalcitrants sur des axes assez aisément accessibles à la force publique ». Jean-Pierre Dozon suggère que l'intervention de la force Licorne a pu réveiller des souvenirs pénibles dans la population ivoirienne.

Vint ensuite la période de la mise en valeur par le développement dans le Sud forestier de la culture du cacao suivie par celle du café. Mais alors qu’au Sud-Est, les Agni mirent eux-mêmes en culture leurs terres, au Sud- Ouest et, en particulier en pays bété, il y eut une forte immigration de travailleurs baoulés, sénoufos et même voltaïques qui travaillèrent comme ouvriers agricoles mais également s'installèrent á leurs comptes en acquérant des terres. Le long règne du Président Houphouët-Boigny accentua cette évolution. Le Sud de la Côte d'Ivoire connut une forte immigration intérieure provenant du Nord ivoirien mais aussi des pays voisins (Mali et Haute Volta tout particulièrement) ainsi que l'arrivée de colons français et de Libano-Syriens.

C'est en période de crise économique et sociale mais aussi de crise religieuse (néo-pentecôtisme, création de nouvelles églises fondées par des pasteurs auto-proclamés) que survint la succession – non préparée – du Président Houphouët-Boigny. Elle opposa un homme du Nord, le Premier Ministre Alassane Ouattara, au Président de l'Assemblée Nationale, le Baoulé Konan Bédié. Ce dernier prêcha une « Ivoirité » restreinte aux autochtones du Sud et du Centre (on a même pu parler de Baoulité), contestant la nationalité ivoirienne des immigrants provenant du Nord ivoirien et des pays voisins, même quand ceux-ci étaient nés en Côte d'Ivoire et y habitaient depuis une ou plusieurs générations.

C'est dans ce contexte que fut adoptée par référendum une nouvelle Constitution exigeant que le président de la République soit un citoyen ivoirien « né de père et de mère ivoiriens ». Alors que le Président Houphouët-Boigny avait eu une approche cosmopolite, réalisant « le panafricanisme dans un seul pays », le nouveau président Laurent Gbagbo, issu du pays bété, lança le slogan « La Côte d'Ivoire aux Ivoiriens » opposant ainsi les autochtones aux allochtones. Une loi foncière fut votée permettant aux autochtones de récupérer les terres cédées aux allochtones.

La victoire d'Alassane Ouattara sur Laurent Gbagbo réintroduit les originaires du Nord dans le jeu politique et permet d'entrevoir la réunification de la Côte d'Ivoire, à condition toutefois qu'Alassane Ouattara soit un président de réconciliation et traite sur un pied d'égalité les Sudistes et les Nordistes.

Au sujet des problèmes fonciers, Jean-Pierre Dozon suggère de multiplier les compromis locaux et la rétrocession de terres exploitées par des allochtones à condition que ceux-ci soient dédommagés ou qu’ils puissent accéder á d'autres terres. Il suggère également que les allochtones puissent accéder, à défaut de la nationalité ivoirienne, à la citoyenneté leur permettant de pouvoir participer normalement à la vie publique. Il est grand temps, dit-il, « que des Kaboré, des Ouedraogo, des Sawadogo (noms burkinabè), mais aussi des Keita, Touré, Diabaté et autres Ouattara... puissent enfin être reconnus comme pleinement ivoiriens ».■

Louis-Luc Camier

La véritable histoire de Monsieur SY

Monsieur SY

« La véritable histoire de Monsieur SY » ou le parcours remarquable d’un travailleur immigré sénégalais qui, parti de son pays très jeune pour la France, a su faire face d’une manière exemplaire à toutes les difficultés qu’il a rencontrées. Petit à petit il apprend à lire, à écrire, à comprendre et assumer avec courage et intelligence ses nouvelles conditions de vie. Il exercera des petits boulots dans plusieurs villes de France en vivant entre hôtels meublés et foyers dans des conditions souvent sordides. Après une tentative de retour au pays qui s’avérera dé- courageante, il reviendra en France et se fixera en région parisienne. Il aura huit enfants dont sept avec sa seconde épouse.

Outre les responsabilités syndicales et militantes dans divers domaines, il n’hésitera pas à être représentant des parents d’élèves pour mieux suivre les études de ses enfants, tout comme il luttera avec coeur pour aider ses compatriotes à gérer au mieux leur vie de migrant, n’hésitant pas à dénoncer les excès du comportement de certains. Depuis 2000 Monsieur Sy est à la retraite. Resté en France avec le « village » dans la tête qu’il n’a jamais oublié, il continue à aider autour de lui, estimant que tout seul on ne peut pas progresser : « j’ai appris en écoutant les autres » a-t-il dit. Un livre débordant de bienveillance et de bonté.■

Dany Toulouse