La rencontre des magies

Une initiation chamanique

Marie-Joséphine Grojean. Une initiation chamanique. Édition Yves Michel, 05000 Gap

Un autobus, un vieux Skoda bariolé, fatigué par les pistes de cette région du Burkina Faso, promène une trentaine d’Européens et d’Américains dans la sous-préfecture de Dano. 5.000 habitants et pas d’électricité, cette ville de l’ethnie Dagara est au sud de la route Bobo-Dioulasso - Ghana. Ils accompagnent Swiftdeer, chaman indien Cherokee, venu de Californie pour rencontrer son futur homologue africain, Elie, et échanger des connaissances entre les peuples naturels. C’est un voyage initiatique, qui mène ces « apprentis » chamans au travers des sept étapes imposées pour se former en tant que « guerrier », c’est-à-dire avoir la force mentale de surmonter des épreuves tant physiques que psychiques. Force nécessaire dans la vie du chaman, un intermédiaire entre l’homme et la nature, un guérisseur, qui puise en elle ses remèdes.

Un logis sommaire, une nourriture spartiate, une chaleur éprouvante (40 °C à l’ombre) obligent à résister à des circonstances inhabituelles, imprévisibilité qui est la trame de la vie chamanique. Il y a aussi du Coca-Cola, une pompe à essence.... Les habitants regardent avec intérêt ces Occidentaux venus se plonger dans leur vie quotidienne et non les observer avec des yeux de touristes. Au bar de l’agglomération, on en parle. Ils accomplissent une mission. A l’hôpital, ils lavent les malades, souvent victimes d’inanition, et les chamans les soignent : articulation entre médecines traditionnelle et moderne. Aux obsèques d’un ami d’Elie, ils pleurent avec la veuve et les femmes des villages alentour. Ils perçoivent un autre monde à la grotte des génies : ce sont les voix des sages et des ancêtres, à écouter pour guider les jeunes, mais souvent oubliés par tous.

Ils rencontrent des Africains, qui comme les Indiens du continent nord-américain, vivent en osmose avec la nature : sa rudesse et ses contraintes, ses incertitudes et pourtant la sérénité qui s’en dégage.

« Une initiation chamanique » se lit comme un reportage, dans une terre de pouvoir, qui dispense des forces insoupçonnées. On découvre un pays pauvre et strictement policé. C’est l’Afrique profonde et permanente, garante de l’Afrique moderne.■

Yves Catalans


L’électricité au coeur des défis africains Manuel sur l’électrification en Afrique.

L’électricité au coeur des défis africains. Manuel sur l’électrification en Afrique. Par Christine Heuraux, éditions Karthala, 2010.

Par Christine Heuraux, éditions Karthala, 2010

Il n’est pas rare d’évoquer l’avenir de l’Afrique en termes de défis. C’est de cette manière que Christine Heuraux évoque l’électrification de ce continent dans « l’Électricité au coeur des défis africains ». De tous les défis qu’ont à affronter les Africains, celui de l’électricité est en effet un des plus importants car elle conditionne la solution des défis économiques mais aussi des défis sociaux essentiels pour le développement de l’Afrique.

Mais, de même que la diversité des pays africains est reconnue comme une donnée de base dont la prise en compte est nécessaire, y compris pour ceux qui affirment l’unité africaine, de même la question de l’électrification du continent appelle des solutions très variées, selon les populations auxquelles on s’adresse – urbains ou ruraux – et selon le mode de production auquel on recourt.

Avec un sens aigu de la pédagogie, mais aussi une volonté de ne rien négliger pour faire comprendre, audelà des aspects techniques essentiels à maîtriser pour en saisir les enjeux, les données politiques, économiques et sociales de la production et de la distribution de l’électricité, Christine Heuraux met bien en lumière les aspects stratégiques d’un secteur d’activité trop longtemps négligé.

L’auteur donne aussi les éclairages indispensables pour prendre la mesure du développement d’un secteur qui doit être pensé dans toutes ses dimensions, du local à l’international. Voila un ouvrage qu’on ne saurait trop recommander à tous ceux que les coupures de courant si fréquentes dans les villes africaines interpellent. Politiques, industriels, enseignants et chercheurs trouveront dans cet ouvrage des éléments d’information et de réflexion qu’ils ne trouveront nulle part ailleurs.■

Jean-Loïc Baudet