La faim au Cameroun

Les colères de la faim
Les colères de la faim (l'Harmattan)

En 2008, dans beaucoup d’Etats africains l’augmentation brutale et considérable des produits alimentaires a provoqué des manifestations, parfois graves comme au Cameroun. Trois jours d’émeutes (du 25 au 29 février) dans de nombreuses villes, notamment à Douala, le poumon économique, mais aussi à Yaoundé, la capitale.

La police a réagi violemment : plus d’une centaine de morts selon l’« Observatoire national des Droits de l’Homme », moins d’après les officiels. Deux petits livres de 100 pages chacun racontent, expliquent et tirent les conclusions de ces événements. Ils sont écrits par un journaliste, maintenant correspondant en Europe d’un quotidien camerounais privé, qui les a vécus et qui disposait des meilleures sources d’information. Après l’échec des négociations avec le gouvernement à propos de la hausse du carburant, le Syndicat des transporteurs routiers décrète la grève. Très suivie, elle paralysa la circulation et le ravitaillement dans tout le pays. Ce fut l’occasion de l’explosion du « volcan en sommeil » comme l’écrit Jean- Célestin Edjangué.

Il explique pourquoi la base s’est révoltée : ce sont surtout des jeunes (21 % de chômeurs) et ceux dont le pouvoir d’achat se dégradait lentement. Ils n’ont pas supporté l’augmentation brutale et mondiale des produits alimentaires. Ce « mouvement populaire de revendication sociale » avait aussi des causes plus profondes. Le pouvoir central n’écoutait pas les signaux de ras-le-bol de la population, que les autorités intermédiaires et les administrations répercutaient mal. La presse écrite, parlée, télévisuelle trop critique étant muselée, certains se taisaient découragés. D’autres ont réagi vigoureusement avec ces « colères de la faim ». Depuis lors, les prix ont légèrement baissé, un plan pour le développement agricole a été lancé. Mais deux ans après, il y a peu de changement et les perspectives d’un mandat présidentiel supplémentaire n’arrangent rien.

S’appuyant sur des recherches fouillées dans le passé et dans le présent, l’auteur publie des déclarations et des textes de tous horizons. Il s’inquiète de ce gâchis des « énormes ressources humaines, économiques et culturelles » de son pays. Pour y parer, il faudrait «une volonté politique de développement », à condition que « les populations s’impliquent dans ces projets ».■

Yves Catalans

Jean Célestin Edjangué : « Les colères de la faim. Pourquoi l’Afrique s’est embrasée en 2008 », « Cameroun, un volcan en sommeil ». L’Harmattan, Collection « Points de vue ».