Défis démographiques

En Afrique subsaharienne, la population a quadruplé en cinquante ans, de 180 millions en 1950 elle est passée à 680 millions en 2000 et elle triplera en cinquante ans : 1,7 milliards en 2050. La densité globale est de 32 habitants au kilomètre carré, mais de 200 à 700, selon les pays, sur les terres arables.

Cette situation, et celle qui se profile, ont alerté l’Agence Française de Développement (AFD) et le Department for International Development du Royaume-Uni. Une étude, menée en collaboration avec le Centre Populations et Développement (CEPED) et des chercheurs belges et africains, a débouché sur un livre collectif L’Afrique face à ses défis démographiques. “Son ambition est de replacer la démographie au coeur des débats sur les facteurs structurels de la croissance”.

C’est un ouvrage scientifique qui reprend les nombreux textes sur la question (les bibliographies en fin de chapitre sont impressionnantes) et se base sur les documents et statistiques des Nations-Unies, en avertissant qu’elles sont parfois incertaines. Il fait apparaître que la démographie est présente dans tous les secteurs de la vie personnelle, collective, économique et politique. Il passe donc en revue la santé en général, la santé de la reproduction, l’accès aux soins, le désir d’enfants, la mortalité, le SIDA (sans effet significatif), la fécondité; l’éducation des parents, celle des enfants; le niveau de vie, la croissance; l’urbanisation, le foncier hors villes; la famille, les traditions , la contraception (20 % des femmes)...Tous ces thèmes interagissent les uns sur les autres.L’éducation,l’urbanisation, le niveau de vie tendent vers une baisse de la fécondité; les enfants ne sont plus une force de travail et une assurance-vieillesse, ils coûtent cher.

Au Caire en 1994, à la conférence des Nations-Unies sur la population, cette dernière semblait devoir se stabiliser à terme, la transition démographique (début d’une baisse de fécondité) ayant commencé en Asie et en Amérique du Sud, où les trois-quarts au moins des femmes pratiquaient la contraception.

En Afrique Subsaharienne, les traditions,les gouvernements, les religions n’y étaient pas favorables. Avec le temps la transition a commencé à des moments différents et avec des rythmes différents selon les pays. En Afrique australe, aujourd’hui le taux de fécondité moyen est de 2,5 enfants par femme au lieu de 5,5 ailleurs.

Face aux défis analysés, ce livre est comme un signal d’alarme, manié avec prudence et en toute objectivité. Les auteurs indiquent les mesures à prendre et les attitudes positives à adopter. Ils proposent de nombreuses pistes de recherche, car leur étude a prouvé que sur un sujet aussi complexe les connaissances actuelles devaient être confirmées et approfondies.

“Le problème n’est pas la population, mais son rythme de croissance”. Ce sont les Africaines et les Africains (pas toujours du même avis) qui en décideront.■

Robert Ginésy

“L’Afrique face à ses défis démographiques. Un avenir incertain”. Sous la direction de Benoît Ferry. Coédition AFD-CEPED-KARTHALA, Paris, 2007. 380 pages.