L’élection présidentielle du Gabon. Qu’en penser ?

Les élections se sont déroulées dans un calme relatif, Ali Bongo a été proclamé élu par la Commission nationale, les manifestations de ceux qui n’ont pas accepté les résultats n’ont pas déstabilisé le pays. L’ordre est revenu, les affaires vont reprendre. Le suspens est terminé. La presse ne nous entretiendra plus du Gabon avant quelque temps.

Avant de tourner la page sur cette élection, nous voudrions en retenir quelques enseignements. Cette élection a peut-être été une mascarade. C’est ce que proclame l’opposition. C’est ce qu’a confirmé Marc Ona, cette conscience gabonaise, dans un papier publié par Le Monde du 3 septembre. Il est vrai que l’opposition n’était pas très crédible avec ses dizaines de candidats, dont les plus sérieux avaient été eux aussi des obligés d’Omar Bongo. Il est certain que le fils du président défunt a bénéficié d’appuis qu’il était seul à pouvoir mobiliser : il a conservé son portefeuille de ministre de la défense et il a profité de moyens financiers à la mesure de la fortune de sa famille. Les procès- verbaux de décompte des bulletins ont peut-être été « arrangés » par les commissions provinciales et les fantômes de la Françafrique ont encore hanté les lieux…
Et pourtant, nous voudrions avancer l’idée que si mascarade il y a eu, elle n’aura pas été inutile et qu’elle aura des conséquences politiques.

Disons d’abord que l’opposition a sa part de responsabilité, car dans un scrutin à un tour, il ne fallait présenter qu’un seul candidat. Le troisième homme n’était-il pas là pour assurer le succès du fils de son père ? Ali Bongo a gagné mais avec seulement 41 % des suffrages. Leçon à retenir pour l’avenir.

Cette élection a permis et provoqué un débat politique d’une ampleur sans précédent dans l’histoire politique de ces quarante dernières années. Il a fait apparaître une forte aspiration au changement. Ce n’est pas rien dans un pays où le pouvoir a pu si longtemps régner, en donnant de l’argent pour ne pas avoir à partager le pouvoir.

De deux choses l’une. Ou le nouveau président tiendra compte de cette attente, attente politique, mais aussi attente d’une autre répartition de la richesse nationale qui fera disparaître, ou du moins réduira le scandale d’un pays riche du pétrole mais peuplé de miséreux. Ou bien, le système croira pouvoir continuer comme avant. Il est probable alors que la marmite n’attendra pas quarante ans pour se remettre à bouillir. Le nouveau président n’aura plus ni l’autorité ni les complicités extérieures de son père pour gérer le Gabon comme son affaire personnelle. Marc Ona ne sera plus seul à dénoncer les contrats léonins d’exploitation minière, les atteintes à l’environnement, la confiscation des recettes pétrolières.

Espérons donc que le nouveau pouvoir, qui a la chance de disposer d’institutions en état de marche, saura créer la rupture - le nouveau président l’a promis pendant sa campagne - et faire en sorte que la démocratie soit autre chose que des rites électoraux qui installent et légitiment des dynasties au pouvoir.

Michel Levallois