le cinéma africain à la recherche d'un nouveau souffle

Du 23 février au 2 mars 2013 s'est tenue, 44 ans après sa création, la 23ème édition du Festival Panafricain du Cinéma de Ouagadougou (FESPACO). Durant ces 8 jours, 101 films de 35 pays ont été présentés. Vingt films étaient en compétition. Ont été couronnés, dans la catégorie des longs-métrages, de l'étalon d'or de Yennenga le film Aujourd'hui du réalisateur franco-sénégalais Alain Gomis, de l'étalon d'argent, celui de la réalisatrice algérienne Djamilia Sahraoui, Yema, et de l'étalon de bronze, celui du réalisateur sénégalais Moussa Touré, La Pirogue. Un palmarès de qualité récompensant des oeuvres inspirées par une actualité tragique et d'une beauté avérée. Pour la première fois de son histoire, les prix ont été décernés, aussi bien pour les longsmétrages que pour les courts-métrages, les documentaires et les productions télévisuelles et vidéo, par des jurys présidés par des femmes.

Le FESPACO a été, cette année, le théâtre d'un débat technique sur la nature des films admis à concourir. Ses statuts exigent que tous les longs-métrages soient copiés sur un format 35 mm qui coûte cher (le prix d'un court-métrage), ce qui a amené le jury à écarter de la compétition 4 des 20 films sélectionnés, sous prétexte qu'ils étaient présentés en version numérique. Cette disposition archaïque a été vivement critiquée et, par voie de pétition, annulée pour l'avenir.

Cette 23ème édition du FESPACO a été dédiée au « cinéma africain et politiques publiques en Afrique ». Le colloque consacré à ce thème a mis en valeur les carences dont souffre le cinéma africain et la nécessaire implication des pouvoirs publics dans sa promotion. Trois modèles d'organisation de l'activité cinématographique ont été discutés : celui du Nigeria – Nollywood - dont la production annuelle de 2 000 films, soit la deuxième production mondiale, ne bénéficie d'aucun soutien public, celui du Tchad qui a mis en place un soutien de la production cinématographique par une taxe sur le téléphone mobile et celui du Maroc qui, grâce à la création d'un Centre National du Cinéma et au système d'avance sur recettes, a multiplié par 8 la production annuelle de films passée de 3 à 25. Ce dernier modèle a reçu les faveurs des cinéastes présents.

Pour passer de la volonté politique à la décision politique, six ministres qui avaient fait le déplacement au Burkina Faso ont adopté une « Déclaration solennelle de Ouagadougou » qui en appelle aux chefs d'Etat du soin de mettre en place un Fonds d'avance sur recettes, d'activer les outils existants mais restés sans application et de systématiser la coproduction avec les chaines de télévision. Cet appel aux chefs d'Etat se double d'un appel à l'Union Africaine pour qu'elle soutienne le FESPACO, s'implique dans la promotion d'une aide internationale en complémentarité et non en substitution des aides nationales et qu'elle aide à la création d'un Fonds panafricain du cinéma et de l'audiovisuel, gage d'une coopération Sud-Sud.

Le Président du Burkina Faso s'est engagé à promouvoir ces mesures auprès de ses pairs et, à cet effet, à créer une plate-forme d'échanges entre les chefs d'Etat et les professionnels du cinéma pour les faire aboutir.

Il est remarquable de constater que le FESPACO, dans le domaine du cinéma, et le Festival Etonnants voyageurs, dans celui de la littérature, poursuivent un même objectif déclaré : produire pour un public africain. C'est l'enjeu majeur de politiques culturelles appelées à devenir parties prenantes des politiques de développement des pays africains.

Jean-Loïc Baudet