L'Afrique qui bouge

Alternatives internationales, hors-série

 

« A travers reportages et analyses, ce hors-série d’Alternatives Internationales fait le point sur cette Afrique nouvelle qui ne cesse de nous étonner, où la croissance économique est revenue, où les classes moyennes s’étoffent, où la vie politique se démocratise, où les citoyens se mobilisent, mais où les défis économiques, écologiques et sociaux restent colossaux. »

Ce début de siècle est favorable à l'Afrique subsaharienne. La croissance des pays émergents entraîne une hausse des cours des matières premières qui bénéficie à l'Afrique où la croissance économique est depuis douze ans deux fois plus rapide que la croissance démographique. 60 % des Africains vivent encore en dessous du seuil de pauvreté, un tiers ont des revenus annuels supérieurs à 1 500 euros, près de 5 % se situent au-delà de 3 800 euros. Les croissances les plus fortes ont été enregistrées dans les pays riches en hydrocarbures (Angola, Nigeria, Ghana, Mozambique) ainsi que dans les pays miniers (RDC, Zambie, Burkina Faso - où l'or jaune a succédé au coton -, Niger) mais aussi chez les exportateurs de matières premières agricoles (Côte d'Ivoire). On observe aussi des progrès dans la gestion de ces ressources. L'amélioration du niveau de vie concerne principalement les populations urbaines, la pauvreté reste endémique dans les campagnes.

La Chine est désormais le premier partenaire commercial de l'Afrique. Comme les pays occidentaux, la Chine achète des matières premières et vend des produits manufacturés, ce qui tire la croissance mais dessert le développement industriel.

Des progrès politiques sont constatés. Au Niger, les militaires ont permis la tenue d'un scrutin qui a rendu le pouvoir aux civils. Le Liberia, la Sierra Leone, le Malawi, le Ghana ont connu des élections libres. Au Sénégal, le président sortant a reconnu sa défaite. Au Kenya, le candidat de l'opposition, crédité de 49,93 % des voix, a accepté le verdict des urnes. En Ouganda, des militants revêtent chaque lundi la couleur du deuil pour dénoncer la corruption des élites politiques. En Afrique du Sud, des associations de femmes aident les victimes de viol et mènent des actions pour lutter contre ce fléau. On observe la montée en puissance de mouvements sociaux qui revendiquent des droits politiques et économiques.

Des succès ont été obtenus dans les politiques sectorielles. 96 % des enfants rwandais fréquentent l'école primaire qui est gratuite de même que les trois premières années de secondaire.

Toutefois l'utilisation de l'anglais (au lieu du français) comme langue d'enseignement entraîne une baisse des taux de réussite. Le Bénin développe l'apprentissage complété par des cours et sanctionnés par un diplôme. Depuis dix ans, les Mauritaniennes peuvent bénéficier d'un forfait obstétrical qui leur permet d'être médicalement suivies pendant leur grossesse et pendant l'accouchement. En revanche, la planification familiale peine à se développer et, sauf en Afrique australe, la fécondité reste élevée dans de nombreux pays subsahariens. La ville de Lagos développe ses transports en commun (bus, trams, bateaux). Dans plusieurs pays d'Afrique, des progrès sont enregistrés dans la réhabilitation des bidonvilles. Madagascar fait des efforts pour préserver son exceptionnelle biodiversité. Au Niger, le dialogue entre les chefs coutumiers et l'Etat permet de déminer nombre de conflits fonciers. Au Nord-Kivu, la législation foncière a été modifiée pour sécuriser les droits des agriculteurs. Ici et là, la surveillance des fonds souverains et des multinationales, qui profitent de la faiblesse des Etats pour acquérir massivement des terres africaines, se renforce. Au Nord-Ouest du Burkina Faso, on manque de céréales. Au Sud, on manque de débouchés. Les organisations paysannes ont imaginé un système d'échange et de stockage solidaire. Au Mali, la Banque malienne de solidarité a entrepris de financer les petits producteurs agricoles. Au Sénégal, les laiteries se développent et réduisent la dépendance aux importations. L'Ethiopie transforme son cuir et devient exportatrice de chaussures. Le Cameroun transforme son bois et réduit ses exportations de grumes. Le progrès extraordinaire du téléphone mobile rend des services multiples. Ainsi au Kenya, il permet de verser les salaires, de régler les factures, ce qui stimule l'économie et renforce la sécurité. Comme on le sait, les relations progressent aussi dans le domaine culturel. Ainsi, au Sénégal, MobiCiné, une entreprise de cinéma ambulant, fait vivre le cinéma dans les écoles et les banlieues de Dakar. Ailleurs, des entrepreneurs culturels ouvrent des musées hybrides, entre centres de création, de recherche et lieux de rencontre.

Louis-Luc Camier

L’Afrique qui bouge, Alternatives Internationales, hors-série n°13 – 9,80 €
Disponible en kiosque et sur commande sur www.alternatives-internationales.fr