L’Afrique doit-elle participer au sommet du G 20 relatif à la crise financière ?

Le sommet du G 20, qui se déroulera le 2 avril prochain à Londres, traitera de la crise financière, de ses conséquences sur la croissance mondiale, de la « gouvernance mondiale ».

Selon l’état des préparatifs actuels, seule l’Afrique du Sud y participera, mais cela est-il suffisant pour l’Afrique ? Certes ce pays est le plus riche du continent, mais il ne représente pas dans son ensemble l’économie africaine. Celle-ci est diverse par ses différents niveaux de développement et de croissance, de structuration macro économique.

Un discours ambiant considère que l’Afrique étant marginalisée dans la mondialisation (elle ne participerait qu’à moins de 2% des échanges commerciaux mondiaux), l’impact de la crise financière serait moindre sur ce continent, d’où sa non « utilité» à un tel sommet.

L’Afrique, pourtant, participe à la croissance mondiale car un nombre important de pays occidentaux et émergents s’y approvisionnent en matières premières (pétrole, gaz, minerais, bois etc.) nécessaires au développement de leurs économies. La crise financière, qui devient économique, par une réduction des commandes, va accroître la chute des prix de ces matières premières.

Les banques africaines, même si elles sont moins impliquées que leurs consoeurs occidentales dans le marché financier mondial, pourraient toutefois, du fait de la « rareté » des liquidités mondiales, avoir du mal à se refinancer. Ce qui serait en défaveur des entreprises africaines qui souffrent du manque de financements pour leurs projets d’investissement, d’autant plus qu’elles sont exposées à des coûts de crédit excessifs.

Selon les prévisions de la BAD (Banque africaine de développement), les transferts (officiels) d’argent de la diaspora africaine, de l’ordre de 20 milliards de dollars, vont subir une baisse, alors qu’ils contribuent activement au maintien des familles, à la scolarité, au développement de l’immobilier et des « petits » commerces.

L’IDE (l’investissement direct étranger) va baisser en Afrique, ce qui est compréhensible puisque nombre de pays occidentaux risquent la récession.

Au regard de tous ces facteurs, le Président de la Banque mondiale, M. Zoellick, appelle les pays développés à allouer 0,7 % de leurs plans de relance à un " Fonds vulnérabilité ", cogéré avec les Nations Unies, destiné aux pays en développement et en particulier à l’Afrique. Ce fonds devrait entre autres permettre de financer les infrastructures les plus urgentes, investir dans les ressources humaines et dans les PME des Etats pauvres.

Mais une telle initiative emporterait-elle l’adhésion des contribuables occidentaux, eux-mêmes concernés par la crise économique qu’ils ressentent dans la baisse de leur pouvoir d’achat et à l’heure des débats sur la relance par l’investissement et / ou la consommation ?

Que proposent les Etats africains eux-mêmes afin d’être crédibles et de ne pas attendre que les solutions viennent de l’extérieur au risque d’avoir toujours des économies extraverties ? Le but est d’éviter une érosion des gains économiques importants réalisés dans l'ensemble du continent africain au cours de ces dernières années, ainsi que du progrès au niveau de l’environnement des affaires.

N’y aurait-il pas au préalable des bases communes et des politiques internes de relance à faire valoir, à mettre en relief au G20, avant l’acceptation d’autres mesures qui ne viendraient que conforter des initiatives endogènes de développement ?

Selon nous, les solutions économiques à valeur ajoutée pour l’Afrique sont : la diversification des économies, l’émergence d’une économie de l’immatériel et du savoir, l’accompagnement technique et une culture de gouvernance pour les entreprises, le développement d’infrastructures technologiques et informatiques, la transformation en outils de production d’une partie des transferts d’argent de la diaspora, des banques africaines allant à la conquête des épargnes nationales, des cartographies sérieuses des potentiels d’investissement, l’émergence de fonds de « private equity » pour soutenir les entreprises.

Sous la houlette de M. Kaberuka, président de la BAD, le Comité des 10 a été créé lors d'une réunion des ministres africains des Finances et des gouverneurs des banques centrales, à Tunis en novembre 2008, pour guider les Etats africains sur les effets de la crise, faire le bilan de son impact sur l’Afrique, recommander des mesures possibles pour les chefs d'Etat africains. Le Comité devra également faire des propositions de réformes des institutions multilatérales internationales, afin que l'Afrique ait une plus grande représentation au sein de ces instances.

L’Union Africaine devrait donc donner mandat à ce Comité qui semble crédible, pour qu’il fasse entendre la « voix » de l’Afrique, plutôt que la présence d’un « aréopage » de chefs d’Etats africains qui par ailleurs se disputent le leadership.

Ainsi l’Afrique viendrait au sommet du G20 avec des esquisses de solutions et des propositions de partenariats, plutôt qu’en « quémandeur ».

Roland Portella,
expert en dirigeance et gouvernance d’entreprises