La micro finance et la crise

Il est peut-être hasardeux d’écrire « la crise a sauvé la micro finance », mais c’est l’impression que l’on avait lors de la matinée du 19 Juin, consacrée à cette forme de crédit pour les pauvres et organisée notamment par l’IRD (Institut de recherche pour le développement) et l’AFD (Agence française de développement).

Effectivement, le succès de ses performances financières commençait à mettre en péril son rôle social. De 1997 à 2007 dans le monde, les clients sont passés de 13 à 155 millions, les prêts de $ 1 à $ 20 milliards et les institutions distributrices de 618 à 3.552. En France, pour la même période, la seule « Association pour le droit à l’initiative économique », pionnière en la matière, a enregistré une progression de clientèle de 1.000 à 12.824. De banque des pauvres dans le Sud, la micro finance est devenue banque de démarrage et d’innovation dans le Nord, pour tous ceux que les banques classiques refusaient. Partout elle a drainé des capitaux de toutes origines. Aux institutions publiques du début, se sont ajoutées des organisations professionnelles, notamment les coopératives, puis des investisseurs classiques.

Des taux d’intérêt de 10,30 % par mois, et au delà de 50 % en Afrique du Sud par exemple, ont attiré des particuliers, des banques, des fonds de pension. Venus pour le rendement, ils incitaient les institutions de micro finance à rechercher les clients les plus rentables et pas forcément ceux qui en avaient le plus besoin. Avec la crise, ces investisseurs se sont retirés, en asséchant les fonds propres de certaines institutions, au moment où les impayés augmentaient. Ce sont les bailleurs de fonds institutionnels, tels l’AFD, qui sont venus à leur secours.

La semaine du micro crédit qui s’est tenue à Paris début Juin, a analysé tous ces phénomènes. Ils montrent que la micro finance était menacée d’être détournée de son rôle social. Ce fut l’occasion de réfléchir aux formules permettant d’éviter ces dérives dans l’avenir.

Yves Catalan