La jeunesse africaine face aux défis mondiaux

Cycle : L’Afrique en mouvement

Rencontre du jeudi 1er décembre 2011 au Havre

La jeunesse africaine face aux défis mondiaux

Athanasse Bopda

Pour la première conférence de l’année scolaire 2011/2012, les organisateurs ont choisi un thème d’actualité pouvant particulièrement concerner une fraction de l’auditoire espéré puisque la localisation retenue était celle d’un lycée de la ville du Havre.

Les difficultés inhabituelles de circulation dans la ville ont fait que le démarrage de la conférence a pris quelque retard et sans doute en partie expliqué un auditoire moins nombreux qu’attendu, mais qui comportait une proportion notable de jeunes lycéens.

Athanase Bopda, le conférencier, professeur à l’université du Havre originaire du Cameroun, a abordé le sujet en cernant un certain nombre de caractéristiques de la jeunesse africaine, autrement dit en définissant le champ de la conférence. Bien des caractéristiques de cette jeunesse ne sont pas proprement africaines, si ce n’est qu’elle est particulièrement nombreuse tant en nombre qu’en proportion de la population totale. Il a souligné combien le passage du stade de l’enfant qui ne cherche qu’à grandir à celui de jeune qui ne rêve que de découvrir puis à celui d’adulte, l’âge où on assume peut être difficile, en particulier par le fait de l’allongement de la vie des adultes.

Le deuxième domaine analysé et défini fut celui des défis mondiaux, en distinguant tout d’abord ce qui est international de ce qui est mondial (les questions du ressort des Etats par opposition à celles qui touchent la personne individuelle) puis en séparant le global (options du G 20 généralisables par exemple) du mondial (exemple les conséquences sur le monde d’une éruption volcanique). Il appert que le monde est confronté à un choix crucial entre une économie de marché débridée et une approche « écologique » tenant compte de la densification de la population mondiale et de l’épuisement potentiel et prévisible des ressources naturelles (exemples du pétrole et des stocks de poissons…).

D’autres défis sont liés aux évolutions d’origine humaine tant physiques (réchauffement) que sociétales (individualisation à outrance). L’aspect éthique des choses, gommé en partie par l’évolution du vocabulaire (passage du tiers-mondisme à la mondialisation) ne peut cependant être oublié et se rappelle au bon souvenir des acteurs par des manifestations comme la crise des subprimes. Typiquement africain est le défi des pays enclavés qui conduit à des positions de fermeture violentes. Cependant il existe aussi des facteurs d’espoir, ceux d’une croissance régulière et vigoureuse, d’une inflation maîtrisée, des excellentes performances des économies émergentes au premier rang desquelles celles de la Chine et de l’Inde. Au nombre des possibilités liées partiellement au moins à la jeunesse apparaissent la mobilité des migrants, notamment des étudiants (notons la prédominance des Etats-Unis comme pôle d’attraction de ces derniers), ou l’urbanisation (exemple donné au Cameroun), la mobilité des fonds (l’argent de la diaspora), l’engagement religieux ou politique au sens noble du terme.

Le troisième volet effectue un tour d’horizon sur les possibilités qui peuvent s’offrir à la jeunesse, particulièrement celle d’Afrique, de relever ces défis. L’économie renvoie à un modèle de société (exemple des ajustements structurels). L’Afrique doit chercher un développement en relation avec sa conception de vie un peu comme ont tenté de le faire les jeunes de l’époque des Indépendances. Deux solutions pour les jeunes d’aujourd’hui : éliminer les vieux ou émigrer. Des solutions sont à trouver dans l’émergence de formes non institutionnelles de partage et d’intégration (exemple de la coopération décentralisée,…). Le grand défi pour l’Afrique pourrait être celui de la pauvreté sans dignité et de la richesse sans dignité. Un certain nombre d’exemples d’inéquité dans le partage des richesses ou les choix de développement illustrent le propos du « coupé déroulé ».

L’exposé illustré par des diapositives présentant aussi bien des graphiques et des cartes que des dessins humoristiques ou des extraits de presse a forcé l’attention de l’auditoire, il suffisait de regarder les visages, et s’est achevé sur une note appuyée concernant les valeurs d’humanité. Peu de questions cependant à la suite de cet exposé, notamment car, si j’en crois la petite discussion qui a suivi avec le proviseur, les élèves présents (principalement féminins), tout passionnés qu’ils fussent, n’ont pas vraiment osé ou su saisir la perche qui leur était tendue. La présence dans l’auditoire d’un professeur de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, de passage, a été notée. Le texte oral de l’exposé est évidemment audible sur les sites du CDDP et CRDP ou celui de la CADE.■

http://www.cndp.fr/crdp-rouen/index.php/ressourcesdocumentaires- cddp76/afrique-en-mouvement

Jean Brice Simonin