LA CARAVANE DES SAVOIRS POUR LE DEVELOPPEMENT

LE DROIT ET LE SAVOIR DE REVER

Cette fiche très brève est une présentation d’une initiative camerounaise conduite par E. Tchawe Hatcheu. Elle n’a retenu que l’essentiel d’un livret de quinze pages présentant cette « Caravane » et distribué à chaque étape. Il comprend, notamment des citations de personnalités africaines et d’experts (Alpha Omar Konaré, Edem Kodjo, Georges Courade, Hatcheu et Nzomo), dont quelques unes seulement apparaissent.

La Caravane des savoirs pour le développement est une manifestation itinérante qui s’est rendue à Bafoussam, Bafang, Bana, Bangangté, Dschang, MBouda et Foumbam. A chaque étape, le public a participé avec beaucoup d’enthousiasme et les autorités sont demandeuses pour les villes où la Caravane n’est pas passée. Elle s’inscrit dans le cadre de la Promotion de la Culture Scientifique et Technique (PCST) en Afrique.
Les différentes activités s’articulent autour de trois modules :
• La projection en salle des documentaires scientifiques, Le ventre de Douala, Les TIC au Sénégal, Du Big Bang à demain,
• Les tables rondes ou conférences- débats,
• L’exposition de photographies et de posters.

La contribution de la recherche scientifique au développement est le thème central de la Caravane.

Elle souhaite partager un message d’espoir et d’optimisme avec ceux qui sont les plus concernés par le devenir de l’Afrique, les jeunes des lycées et collèges, les universitaires, les associations de producteurs et de commerçants. Consciemment ou non, cette jeunesse invente à travers la pratique, par bricolage fait d’échecs et de réussites, dans les ateliers, les garages ou les champs. Cette Afrique de demain doit garder à l’esprit que l’invention est fille de la curiosité et de la science.

Le « désarroi », la hantise et même le défaitisme par rapport à l’avenir, au Cameroun comme un peu partout en Afrique, contrastent paradoxalement avec la richesse culturelle et le « dynamisme » de leurs peuples.

QU'EST-CE QUE LA CULTURE SCIENTIFIQUE ET TECHNIQUE (CST)?

La culture scientifique peut être définie comme « l’ensemble des connaissances et compétences en sciences et technologies que les individus ont acquises et utilisent au quotidien » au même titre que la culture littéraire et artistique.

La culture scientifique est indissociable de la « culture générale » et elle est partie intégrante de celle-ci. Elle peut faire intervenir tous les autres acteurs culturels (artistes, philosophes, etc.).

La vulgarisation scientifique désigne les pratiques de diffusion des connaissances scientifiques de spécialistes à néophytes. Le vulgarisateur peut être soit le producteur des connaissances, soit un médiateur. Il doit favoriser le dialogue entre scientifiques et public, dans un sens comme dans l’autre. Il fait une animation scientifique.

Partout, la plupart des citoyens s’interrogent sur le bien-fondé des inventions et des innovations scientifiques. Il peut être intéressant pour un porteur de projet de répondre à ce besoin de réflexion en proposant un débat constructif, animé par des scientifiques, sur des thématiques touchant de près ces sujets.

• Environnement
La protection de l’environnement doit nécessairement passer par la connaissance de tout ce qui le compose.

• Santé
En matière de santé publique, de nombreuses campagnes de prévention et de soin sont menées aujourd’hui. Mais le message, parfois trop directif, comme l’obligation de se faire vacciner, est souvent difficile à faire passer. Donner aux citoyens la possibilité de le comprendre grâce, entre autres, aux opérations de culture scientifique, contribue à l’efficacité de ces campagnes de prévention.

• Patrimoine
Les actions culturelles concernant le patrimoine, l’ethnologie, l’histoire des techniques, etc., font partie intégrante de la culture scientifique.

Sans culture scientifique et technique, aucune population ne peut appréhender les enjeux de son développement ni maîtriser son avenir. C'est pour combler ce manque qu'a été conçu et mis en oeuvre le PCST. Il s'adresse en priorité aux jeunes, les plus aptes à s'approprier les savoirs scientifiques et techniques et à les « mettre en culture ». Mis en place fin 2004 par le ministère français des Affaires étrangères, le PCST est conduit par l’Institut de Recherche pour le Développement dans les pays suivants : le Burkina Faso, le Cameroun, la Centrafrique, Djibouti, Madagascar, le Mali, le Maroc, le Sénégal, le Tchad et le Yémen.

FORMER ET EDUQUER

« A force d’avoir regardé vers l’extérieur, de s’être organisé vers l’extérieur et pour l’extérieur, à force d’avoir accepté tout de l’extérieur, concepts comme produits, l’Afrique a perdu la boussole de son intériorité et subi plus que tout autre les effets pervers de la crise venue de l’extérieur…Mais la crise aura pourtant eu un effet bénéfique. Elle aura servi de révélateur, projetant une lumière crue sur nos défaillances, relevant nos erreurs d’orientation, stigmatisant notre stratégie, dénonçant la persistance de notre démarche d’arrachement de soi à soi, non seulement au plan politique et culturel, mais surtout au plan de développement économique… (EDEM KODJO, 1985).

« Si les leviers économiques d’une croissance forte existent, la vraie bataille est sociologique et suppose un changement dans les comportements qui ne pourra venir que dans l’ouverture de l’ascenseur social aux nouvelles générations et aux cadets sociaux. La société camerounaise reste verrouillée et ce changement ne pourra être que gradué et progressif. » ( COURADE, 2005 ).

« Pour que la croissance soit forte et qu’elle enclenche un développement durable, il y a beaucoup à faire dans le tréfonds de la société camerounaise, une fois l’Etat mis en position de responsable de l’équipe Cameroun. Les interrogations portent sur plusieurs points :
 dépasser le fossé entre l’état de l’économie et le moral de la nation et de ses élites,
 retrouver les repères majeurs du service public chez les serviteurs modestes de l’Etat,
 Vaincre une corruption qui a gangrené la société à un point inimaginable ». (COURADE, 2005)

« Dans une économie comme celle du Cameroun largement dominée par la micro-entreprise il convient peutêtre d’accorder toute son importance à la formation sur le tas. Ce modèle suppose que les patrons d’aujourd’hui, y compris l’Etat, acceptent d’investir dans la formation de la génération future. Il s’agit en effet de détecter parmi ses employés, des jeunes ambitieux et talentueux dont la force réside dans le potentiel et le dynamisme dont ils sont crédités et leur garantir la parfaite maîtrise des techniques, des compétences et des connaissances dont ils auront besoin pour rendre l’entreprise plus compétitive et négocier en toute sérénité un partenariat authentique avec les investisseurs étrangers ». (HATCHEU, géographe et NZOMO, économiste)

« Après les études commandées par les institutions internationales au début des années 1990 pour tester la capacité de résistance des Africains aux mesures draconiennes du PAS, d’autres études doivent à présent essayer de comprendre les réalités, les atouts et les contraintes des entrepreneurs de rue. Il revient aux dirigeants africains, qui, mieux que les créanciers internationaux, devraient discerner ce qui est bien et durable pour leurs peuples, la tâche de procéder à un inventaire exhaustif de ces myriades de micro-entreprises qui essaiment les rues des villes et ne demandent qu’à franchir le pas qui ouvre la voie des petites et moyennes entreprises juridiquement sereines et financièrement assises. (HATCHEU et NZOMO, 2007).

EN GUISE DE CONCLUSION:

REVER ET FAIRE REVER

Rien ne devrait faire oublier aux Africains et aux amis de l’Afrique le droit de rêver d’un avenir meilleur. La jeunesse africaine en Afrique comme celle de la diaspora rêve de voir chaque petit hameau du continent devenir rapidement, sinon un paradis, du moins un Eldorado où on construit sereinement la confiance en l’avenir, du continent africain.

Personne aujourd’hui n’est indifférent à la montée en puissance du phénomène Barak OBAMA au Etats-Unis. Elle fait «rêver» non seulement les minorités aux Etats- Unis d’Amérique, mais également l’Afrique toute entière, du Cap au Caire. Lors de la 26e édition de la coupe d’Afrique des Nations de football au Ghana, la jeunesse africaine issue pour la plupart de la diaspora a su faire rêver les gamins et gamines d’ici et d’ailleurs en montrant une image d’une Afrique conquérante et compétitive.

Prendre acte de ces évolutions symboliques et porteuses d’espoir doit donner à la jeunesse africaine le droit de rêver.

Le Rêve que porte la mondialisation n’aura de sens pour l’Afrique et pour la jeunesse africaine que quand la diaspora africaine pourra revenir librement et légitimement investir et s’investir sur le continent.

Il nous faudra réorienter nos actions, nos missions, nous faire violence pour nous adapter à un contexte plus difficile et plus hostile. Je propose très modestement que les Africains et les amis de l’Afrique s’engagent à chercher, à identifier et à promouvoir partout en Afrique les acteurs et partenaires innovateurs et compétitifs.

Seuls ces acteurs peuvent rassurer les partenaires internationaux sur notre capacité à répondre aux exigences de compétitivité dans le domaine de la science, de la création, de la créativité et apporter en même temps notre contribution au développement économique et social de nos populations, en mettant en avant notre propre vision du monde. Ensemble nous pouvons nous atteler fermement au vrai combat qui nous interpelle.

Nous pouvons choisir pour compagnon de route, cette autre Afrique, qui a tant de peine à trouver des partenaires. Dans une logique de survie, elle évolue dans la clandestinité, elle est dans le secteur informel…. En réalité, elle forme la pépinière de la nouvelle génération d’entrepreneurs africains. Elle aspire à devenir partenaire des puissances et des multinationales occidentales et asiatiques.

Si toute grande oeuvre naît d’une passion individuelle, sa réalisation est toujours une affaire de groupe. Il faudra être individuellement et personnellement convaincu pour porter et partager le rêve et le droit de rêver de l’avènement d’une Afrique de demain, plus audacieuse et plus crédible.
E. T. HATCHEU, JCAD.