In memoriam: Robert Ginésy

Robert Ginésy © CADE
Robert Ginésy © CADE

Robert nous a quittés et son départ crée un grand vide à la CADE.

Il avait rejoint la CADE il y a dix ans, après une carrière bien remplie de journaliste de l’Afrique et du Développement. De 1958 à 1962, il avait rempli les fonctions de directeur et rédacteur en chef du Journal d’Extrême-Orient*, puis de chef du Bureau de l’Information au ministère de la Coopération et d’initiateur de l’aide à la presse francophone africaine à l’Institut français de presse en 1969-70. Lorsqu’il s’installa de nouveau à Paris après quelques années passées à Marseille, où il s’occupa avec une ONG d’éveiller les enfants des deux rives de la Méditerranée (Marseille et Carthage, Tunisie) aux questions d’environnement, il entendit parler de ce que faisait la CADE et vint à l’une de nos rencontres-débats. Il y retrouva Denyse de Saivre, une consoeur journaliste, comme lui amoureuse de l’Afrique, à qui il fit part de sa disponibilité et de son désir de se rendre utile. Il suivit son conseil de se mettre en rapport avec le président de la CADE que j’étais à l’époque. Journaliste il avait été, journaliste il se proposait de servir à la CADE. Nous l’accueillîmes à bras ouverts, heureux de pouvoir enrichir La Lettre d’une page économique régulière. Il se mit au travail aussitôt, nous faisant profiter de ses relations anciennes avec Marchés Tropicaux. Lorsque cette source se fut tarie, il prit ses dispositions afin de rester au courant de l’actualité. Il se rendit vite compte qu’il ne pouvait plus continuer à nous envoyer des papiers manuscrits. Courageusement, il se mit à l’ordinateur, puis à Internet. C’est ainsi que nous lui devons une centaine de pages depuis sa première chronique de La Lettre 40 de novembre 2000 jusqu’à celle qui parait dans La Lettre 137.

Lorsque nous obtînmes d’insérer un billet africain dans Direct Soir puis dans Direct Matin, tout naturellement il accepta de prendre la responsabilité de cette publication régulière. Robert devint très vite une des chevilles ouvrières de notre équipe, ne manquant aucune de nos réunions et de nos repas du mardi, assistant pour la CADE à quantité de réunions, colloques, conférences et rendant compte de ce qu’il avait glané. Il était convaincu de la pertinence du travail de la CADE dont il partageait l’engagement en faveur de l’avenir de l’Afrique et des Africains, mais il était resté scrupuleusement attentif à ne jamais confondre journalisme et militantisme. C’est pourquoi, sans doute, s’il accepta que son nom apparaisse dans l’Ours de La Lettre, il refusa de faire partie du Conseil d’administration.

La CADE remplacera le journaliste, nous l’espérons, mais nous n’oublierons pas les exceptionnelles qualités humaines de Robert Ginésy. Sa modestie et sa discrétion, sa générosité et sa délicatesse nous avaient tous conquis. Chacun de nous a en mémoire un geste, une parole de Robert qui l’ont touché au plus profond. Il nous a laissé aussi une grande leçon de courage et de dignité, car ni le décès de sa femme, ni les épreuves de santé de ses dernières années, ne l’ont fait renoncer, encore moins se plaindre du sort qui était le sien. Il était tout donné aux autres, fidèle jusqu’au bout au commandement d’amour qu’il tenait de sa foi chrétienne, aussi discrète qu’elle était intense.

Que ses enfants sachent que nous partageons leur peine. Que ce témoignage de ce que nous devons à leur père les aide à la surmonter, car le souvenir que nous conservons de lui est celui d’un être rare.■

Michel Levallois,
président honoraire de la CADE

*A l’époque, seul quotidien en français à Saïgon, capitale du Sud-Vietnam.