Christian Coulon : L'actualité suggère de fait une corrélation entre les processus de démocratisation depuis le début des années 1990 et une affirmation accrue des revendications identitaires, qu'elles soient ethniques ou religieuses. C'est une corrélation trompeuse. Ce n'est pas la démocratisation qui a produit une sorte de retour du refoulé. Ce n'est pas elle qui a libéré les ethnicités. Le poison, c'està- dire l'ethnicisation du politique, était là avant. Aujourd'hui, la donne a changé. Avec la démocratisation, le jeu politique devient plus ouvert à la concurrence. Il y a des élections. Dans ce contexte, l'ethnicité devient une ressource stratégique que manipulent les entrepreneurs identitaires pour se créer une clientèle électorale et mobiliser des troupes.

René Otayek : Ce n'est pas le privilège de l'Afrique. Regardez ce qui se passe dans les Balkans ou en Irak. Même dans les pays modernes développés, la question ethnique est centrale. C'est la nouvelle frontière de la démocratie, et l'Afrique n'est pas une exception, même si la revendication ethnique peut y apparaître comme plus conflictuelle qu'ailleurs. Sur ce continent, ce qui rend difficile l'analyse des conflits à argumentaire ethnique, c'est qu'ils se déclinent avec des codes culturels que nous avons du mal à appréhender.

Christian Coulon : Je crois qu'en Afrique les identités fonctionnent comme un moyen d'accéder aux ressources de l'Etat. Dans la mesure où les Etats sont souvent faibles, disposant de ressources limitées, une des façons de partager le « gâteau national » c'est de se regrouper dans des structures de type ethnique, clientélistes par nature, qui permettent d'avoir accès à l'Etat. C'est une façon de gérer la rareté.■

Propos de Christian Coulon et René Otayek dans le grand entretien du Monde du 30 mars sous le titre, En Afrique, la question ethnique a été manipulée.

Club des Africains et des amis de l'Afrique

Une nouvelle association vient de se créer. Elle veut « établir des liens fraternels entre les originaires de l’Afrique vivant en France et favoriser les relations entre les deux continents ».

Avec tous ceux (entreprises, associations, particuliers) qui sont « amis » de l’ Afrique, elle s’efforcera de donner du continent une image plus positive. Son Comité directeur comprend sept ambassadeurs et sa présidente est l’ambassadrice de Guinée en France. Elle prévoit des rencontres et des dînersdébats sur des thèmes qui restent à choisir. ■

R.G.