4ème Forum à Haut Niveau sur l’Efficacité de l’Aide

Busan, 29 Novembre – 01 Décembre 2011

Rappelons qu’organisé par l’OCDE, ce Forum succède à ceux de Rome 2003, Paris 2005, Accra 2008, où l’aide publique au développement, débarrassée des enjeux stratégiques de la guerre froide, était examinée tant en termes de modalités que de finalité. Précédemment les modalités étaient le sujet principal avec les préoccupations d’harmonisation entre les bailleurs, d’appropriation par les bénéficiaires et de « redevabilité » mutuelle...

A Busan, la finalité a prévalu puisque l’accent est mis sur l’efficacité du développement plus que sur l’efficacité de l’aide elle-même. Ce glissement sémantique découle d’une bonne raison qu’a rappelée non sans rudesse Hillary Clinton. Il y a cinquante ans, l’aide représentait 60 % des ressources des pays sous développés, elle n’en représente plus que 13 % aujourd’hui. En d’autres termes, les aideurs ne sont plus les acteurs majeurs du développement, ce rôle est désormais dévolu au secteur privé.

C’est pourquoi on a beaucoup plaidé en faveur d’une coopération efficace entre tous les acteurs et dans la déclaration des Chefs d’Etat et de gouvernement, à la rubrique « secteur privé et développement », on lit : « nous sommes conscients du rôle essentiel que joue le secteur privé... », et qu’il est question de coopérer avec les organisations professionnelles... I

l faut convenir que la délégation française conduite par le Ministre de la Coopération, Henri de Raincourt, était parfaitement en phase avec la démarche de Busan, par l’inclusion dans la délégation, du CIAN, représentant le secteur privé français, qui n’a pas manqué de relever en séance plénière que sans secteur privé, il ne peut pas y avoir de développement mais que sans Etat de droit la création de richesses par les entreprises ne peut pas déclencher le développement.

La symbolique de la localisation en Corée de ce Forum était forte, car il y a cinquante ans, le PIB annuel du pays était à 64 $ par personne, il est maintenant à plus de 15 000 $ et le pays est devenu l’un des tigres de l’Asie, désormais lui-même pourvoyeur d’aide.

Plus de trois mille participants, une centaine de Chefs d’Etat et représentants de gouvernements, des personnalités telles que le Président Kagamé, Ban Ki Moon, Hillary Clinton, la reine Rania de Jordanie dont la plaidoirie en faveur du rôle des femmes et de la scolarisation des filles, contrastant avec certains délires archaïques qui polluent les printemps arabes, a reçu un accueil enthousiaste.

Que retenir de cette immense « Grand-messe » ?
D’abord que le seul Chef d’Etat à s’exprimer en séance plénière avec le Président coréen, a été le Président Kagamé, ce qui montre que l’Afrique demeure le cas social de la Planète. Comme le dit si bien Serge Tomasi* : « l’Afrique est le lieu où le sous-développement reste le défi de tout un continent alors qu’ailleurs en Asie ou en Amérique latine par exemple, il devient l’exception ».

Ensuite que les très nombreuses organisations concernées par le développement sont à la recherche d’un second souffle, à la fois à cause de l’intervention croissante des BRICS pour qui les débats sur le déliement de l’aide relèvent de l’ésotérisme, et du rôle majeur du secteur privé.

La voie qui s’esquisse est de responsabiliser les dirigeants des pays receveurs d’aides et de concentrer celles-ci sur les facteurs et investissements qui permettront aux populations de bénéficier des créations de ressources qu’elles soient nationales ou internationales. A cette fin, des instances de dialogue avec le secteur privé sont nécessaires comme le montrent les développements réussis, notamment en Asie, qui sont le fruit d’une osmose entre une administration forte garante de l’Etat de droit et un secteur privé dynamique.

Anthony Bouthelier
Président délégué du CIAN

* Serge Tomasi : Directeur de l’économie globale et des stratégies de développement au MAEE.