Hommage à Robert Ginésy

Programme "L'Eau et la Vie en  Méditerranée". Les jeunes du centre social de La Rouguière avec Robert Ginésy et Marie-Joséphine Grosjean © M- Grosjean
Programme "L'Eau et la Vie en Méditerranée". Les jeunes du centre social de La Rouguière avec Robert Ginésy (au fond à droite) et Marie-Joséphine Grosjean (devant au milieu) © M- Grosjean

(suite)

Voici un hommage à notre défunt ami Robert Ginésy qui pour des raisons de calendrier et d’espace disponible n’avait pu être publié dans La Lettre précédente :

Chers amis de la CADE,

Je vous envoie ce texte sur ce poète sénégalais entendu hier soir. C'est en hommage à Robert Ginésy que je l'ai écrit.

Robert Ginésy sut toujours accorder les différences, et soutenir les projets porteurs d'espoir de renouveau et d'union entre les cultures. Sans lui, le programme « l'Eau et la Vie en Méditerranée » n'aurait jamais pu voir le jour ni se poursuivre pendant quatre ans conjointement à Carthage et à Marseille : un programme qui a obtenu le prix méditerranéen de l'eau 2001, et qui permit à plus de 1.500 jeunes de tous âges de Tunisie et de France de se rencontrer et de faire connaissance avec l'eau, outil remarquable de savoir et de culture.

Sans relâche, avec la courtoisie et le courage qui le caractérisent, Robert Ginésy s'occupa de logistique, de recherches de financement, de budget, de location de bus, de salles, en somme de tout ce qui est nécessaire pour que l'élan et le contenu d'un projet deviennent viables et se concrétisent. Je l'en remercie de tout cœur. J'aurais aimé qu'il soit encore présent pour le lui redire.

Voici un événement que j'aurais voulu raconter à Monsieur Robert Ginésy et qui est témoignage de rencontre des cultures :

« Qui aujourd'hui ose donner un récital de poésie ? Un récital gratuit de poésie africaine de langue française, mêlant Aimé Césaire, Birago Diop, Victor Hugo, Léopold Sédar Senghor, et d'autres, avec un accompagnement à la Kora par Racine, jeune émigré, griot d'origine, et travailleur le reste du temps ? Qui oserait encore déclamer du Victor Hugo, de surcroît dans le quartier de la Goutte d'Or à Paris, un samedi soir, donnant ainsi à voir le geste auguste du semeur mêlé au doux chant des rameurs ? Qui fit cela, rendant ainsi hommage à la langue française, à la culture des peuples qui la partagent, à leur destin croisé, à la beauté des soleils levés, des soleils couchés, des femmes, des hommes en marche pour la fraternité, mais conscients des inégalités ?

Qui osa nous emmener ainsi dans un souffle de liberté et de beauté, un soir gris de février ? Un Sénégalais, Ndongo M'baye*, sociologue, enseignant à l'université Cheik Anta Diop de Dakar, mais également responsable du service loisirs des retraités à la Mairie de Choisy-le-Roy dans le Val-de-Marne en France. Je ne le connaissais pas. Ce fut un hasard, une amie qui m'emmena là. Ce fut surtout un moment de grande poésie et de partage. Monsieur Ginésy, je voulais vous raconter cela ».

Marie Joséphine Grojean
Membre de l'Académie de l'eau. Conceptrice et responsable du programme « L'Eau et la Vie en Méditerranée »
Réalisatrice du film UNESCO- France 2 "Les Gens du Fleuve" Sénégal, Mali, Mauritanie.
Auteur du livre "Une initiation Chamanique en Afrique" dont Robert Ginésy a fait la critique dans La Lettre de la CADE n° 132.

* Ndongo M'baye a publié aux éditions Acoria deux recueils de poésie : Les lézardes du silence et Amours savanes