Un langage nouveau

Affiche

Al’initiative de l’Assemblée Nationale et de l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI) un colloque s’est tenu le 24 juin 2010 sur le thème « La Francophonie en Afrique : quel avenir ? », une question ouverte alors que le nombre de francophones augmente et que la place du Français dans les instances internationales serait plutôt en recul.

Après une introduction sur les interrogations suscitées par l’évolution du monde, quatre tables rondes ont porté sur :

  • Le Français, une langue d’avenir pour l’Afrique ? 
  • Les enjeux institutionnels de la Francophonie en Afrique 
  • Dix ans après la déclaration de Bamako : Où en est la promotion de la démocratie, la prévention des conflits et le soutien à l’Etat de droit et aux Droits de l’Homme ? 
  • Un désengagement de la France en Afrique ?

A cette dernière table ronde, Alioune Sall, Directeur exécutif de l’Institut des Futurs Africains, basé à Pretoria (Afrique du Sud), est intervenu.

Après avoir rappelé l’histoire des relations franco-africaines depuis le début de la cinquième République, il a soutenu l’idée que la politique africaine de la France manquait de cohérence et de lisibilité. Il a également affirmé que la volonté officiellement affichée par le Président Sarkozy de « décomplexer les relations franco-africaines » relevait du trompe-l’œil dans la mesure où sur le plan économique, la France participe, comme d’autres, à la « nouvelle ruée vers l’Afrique ». De même, sur le plan politique, les réseaux franco-africains continuent d’être actifs. Il a, par ailleurs, fait remarquer que l’apparent intérêt de la France pour un désengagement et « une banalisation » de ses rapports avec les pays francophones pourrait porter à laisser croire que la France est maîtresse du jeu.

Or, a-t-il souligné, la France n’est plus la seule protagoniste. Les Africains sont de plus en plus des acteurs majeurs et, ajoute-t-il, les nouvelles élites africaines, économiques et politiques, n’ont plus les mêmes rapports avec l’ancienne puissance coloniale que leurs ainés / prédécesseurs. Ils ont des rapports décomplexés, d’autant que le jeu s’est ouvert avec l’apparition de nombreux acteurs (les pays émergents) et que la France n’a plus les moyens d’une politique impériale. La France officielle ferait donc contre mauvaise fortune bon cœur lorsqu’elle affirme qu’elle veut normaliser/banaliser ses rapports avec l’Afrique.

En réalité, ces nouvelles élites, auraient assez largement contribué à diversifier l’ouverture de l’Afrique au monde et à remettre en cause l’exclusivité de leurs liens avec la France.

Enfin, Alioune Sall a recommandé qu’au-delà du constat, une réflexion prospective soit engagée sur les relations franco-africaines. Un tel exercice pourrait servir à alimenter un dialogue constructif, informé par une appréciation plus fine des enjeux du futur.

Henri Senghor,
Membre d’honneur de la CADE

Note : Raymond Césaire, V-Pdt de la Cade et président d’AROM, qui a également assisté à ces entretiens, en a rendu compte plus largement dans la revue d’AROM du mois de Juin.

AROM : http://www.arom-asso.com