Flash sur les enfants accusés de sorcellerie en Afrique

E n dehors des ONG comme « Save the Children » ou des organisations internationales comme l'UNICEF, l'attention portée à l'enfance en Afrique n'est pas à la hauteur de l'importance des problèmes que pose sa juste place dans les sociétés africaines. C'est le mérite d'un rapport d'anthropologues publié par l'UNICEF de mettre en lumière la situation des enfants africains accusés de sorcellerie.

S'élevant contre l'idée reçue selon laquelle la sorcellerie est condamnée à disparaitre en Afrique sous l'effet du développement, les auteurs de ce rapport reprennent la qualification de « tradition inventée », selon l'appellation de l'historien anglais Hobsbawn, pour caractériser les nouvelles formes de sorcellerie nées en milieu urbain.

A côté des types de sorcelleries anciennes fondées sur l'interpénétration du visible et de l'invisible qui ont cours à propos des enfants « mal nés » - handicapés, albinos, jumeaux -, il existe une forme moderne de sorcellerie qui trouve son terreau dans la déstructuration des familles et de la solidarité en ville, comme l'a montré Patrice Yengo. Elle se développe et suscite, en réaction, des comportements coûteux de guérison et de délivrance de la part des églises et des tradi-praticiens. Il en résulte des incompréhensions et des tensions entrepartisans des Droits de l'Enfant qui dénoncent les violences et stigmatisations des enfants accusés de sorcellerie et les autorités africaines qui luttent contre ce phénomène en s'en remettant à ces praticiens dont la conduite s'apparente à de la sorcellerie à rebours.

La rapidité des changements qui bousculent les équilibres sociétaux et la confrontation à un modèle de développement qui creuse les inégalités et engendre des frustrations propices à toutes les dérives, favorisent de nouvelles formes de sorcellerie difficiles à juguler en dehors de politiques globales, onéreuses à mettre en oeuvre, couvrant prévention et protection dans le cadre de stratégies plus soucieuses du sort des enfants.■

J.-L. B.