Un grand forum

Recherche d'une conscientisation

Du 06 au 11 février 2011 s’est tenu à Dakar le Forum Social Mondial qui fut inauguré en 2001 au Brésil, à Porto Alegre.

Ce Forum fut placé sous l’étoile de la chance et de l’Histoire cette foisci, car pour la première fois en Afrique et durant la crise tunisoégyptienne, il se clôtura sur l’annonce de l’éjection de Moubarak. Délire sur le campus de l’Université que le Forum avait investi pendant une semaine.

Succès de cette manifestation qui draina, outre les participants venus du monde entier, étudiants, enseignants, chômeurs et petits commerçants sénégalais qui avaient été soigneusement « évités » par le Fesman (festival mondial des arts nègres). Cette fois-ci la rencontre était populaire ; et en dépit de la multitude des races, des origines et des langues, les gens se comprenaient parfaitement sur la base d’une exigence commune, clairement énoncée : le combat de tous les peuples exploités et opprimés, le combat contre le capitalisme international qui pille leurs matières premières et déstabilise leurs jeunes Nations. Ceci pour le seul profit de l’hémisphère occidental ; la grande Triade comme la désigne Samir Amin, qui reste véritablement le maître à penser de ce Forum ; celui qui démasque systématiquement depuis des années les formes successives que prennent les intérêts euro-USA pour ponctionner les réserves du Tiers-Monde avec la complicité de ses gouvernements corrompus.

Pétrole, uranium, or, argent, cuivre, phosphates, coltan, diamants, forêts ; l’Inde, le Vietnam, l’Indonésie hier, l’Afrique et l’Amérique du Sud aujourd’hui, vaches à lait sans défense que l’on trompe et que l’on affaiblit davantage sous prétexte de « développement », d’ « aide » d’ « investissements » et de « partenariats ».

Tout cela était dit, expliqué, démontré dans ce Forum ; et les conséquences désastreuses d’une mondialisation sauvage telle qu’elle est effectivement pratiquée, en dépit des discours, étaient précisées au sein des quelques huit cents associations, ONG, partis socialistes et écologiques, et autres réseaux en présence dénonçant tous azimuts les crimes, injustices et pollutions qui défigurent la planète.

Tous azimuts, c’est là le problème. Certes cela fait chaud au coeur ce grand rassemblement de générosités qui plaident la défense des uns et la punition des autres : la protection des femmes battues, des enfants exploités, des handicapés ; qui plaident pour la paix, contre les guerres, pour l’environnement, contre le nucléaire. On ne peut cependant s’empêcher de regretter que tous ces mouvements divers, ces voeux, ces élans ne se rejoignent pas en un seul faisceau dirigé vers un seul objectif précis, en une force dès lors irrésistible. Tandis que pour l’instant ce ne sont qu’un bouquet de bonnes intentions éclatées dans tous les sens … et n’aboutissant à pas grand-chose. On se demande aussi si ce type de manifestation ne contribue pas à satisfaire l’inquiétude des bonnes consciences des manifestants, alors convaincus d’avoir agi pour améliorer le monde.

Et à relâcher la pression chez ceux qui en attendaient davantage. A entretenir un espoir illusoire chez ceux qui s’imaginent que la solution viendra de l’extérieur, comme l’assistance alimentaire en cas de famine, où les vaccins de l’OMS, les rétroviraux de l’ONUSIDA…

A ceux qui se disent : « demain ! ». Et je songe à ce poème de Césaire :

« Quand donc mon peuple
quand
hors des jours étrangers
germeras-tu une tête bien tienne
et tes épaules renouées
et ta parole
le congé dépêché aux traitres,
aux traitres
quand cesseras-tu d’être le jouet
sombre au carnaval des autres
demain
à quand demain mon peuple
»

Cet appel écrit dans les années 50 est toujours sans réponse aujourd’hui. Alors que l’exemple du Vietnam hier, de la Tunisie et de l’Egypte aujourd’hui nous démontre par A + B que :

►Combien les peuples sont seuls devant les pouvoirs qui les oppressent ;

►Que seule la jonction des forces populaires internes, dirigées contre un seul objectif peut arriver à faire sauter le couvercle ;

►Que chaque peuple doit se prendre en charge et faire seul sa révolution, s’il veut vraiment conquérir sa liberté et remédier à ses misères.

Et pourtant un des slogans du Forum était : « les peuples d’Afrique et du Tiers-Monde pensent et agissent par eux-mêmes »…

En attendant, sans doute, ce type de Forum favorise et accélère, la conscientisation, la conscientisation, la conscientisation.■

Lilyan Kesteloot,
IFAN - Dakar