Billet Europe-Afrique 116

Lisbonne + 1

Un séminaire s’est tenu le 5 décembre dernier au FIAP Jean Monnet à l’initiative de Coordination Sud et en présence de représentants d’ONG du Sud pour faire le point, dans le cadre du suivi de la Présidence française de l’Union européenne, sur les avancées du partenariat Afrique - Europe un an après l’adoption à Lisbonne de la stratégie conjointe EU - Afrique.

Rappelons tout d’abord les enjeux des relations entre l’Afrique et l’Europe. Trois négociations importantes sont devant nous : la révision à mi-parcours de l’accord de Cotonou conclu en 2000 pour une période de 20 ans, pour laquelle les points à débattre doivent être arrêtés avant la fin du mois de février 2009, la révision à mi-parcours des documents de stratégie par pays du 10ème FED qui débutera en 2009, et la poursuite des négociations à l’horizon juin 2009 des accords de partenariat économique (APE).

Le contexte dans lequel vont se dérouler ces négociations est un contexte difficile : outre la crise financière, vont peser sur elles le réexamen global du budget communautaire (en préparation au débat sur les perspectives financières après 2013 et en liaison avec celui sur la budgétisation du FED) et la multiplication d’enceintes de dialogue politique de haut niveau (stratégie conjointe UE - Afrique, UE - Pacifique, négociations commerciales OMC, négociations de Copenhague sur l’après Kyoto... ) qui, géographiquement, ne se recoupent pas avec le dialogue politique engagé dans le cadre de l’Accord de Cotonou.

C’est dans ces conditions lourdes d’incertitudes et de menaces sur l’avenir de l’accord de Cotonou, du fait aussi bien des craquements qui se font jour entre pays ACP que des germes de désintégration inhérents aux accords de partenariat économique, qu’a été lancé après la définition en 2005 d’une stratégie pour l’Afrique, en décembre 2007 à Lisbonne, le partenariat stratégique UE-Afrique.

A la différence de l’Accord de Cotonou qui concerne les trois parties Afrique - Caraïbes - Pacifique et qui intègre au dialogue politique les dimensions aide et commerce de la coopération, la stratégie de Lisbonne se limite à l’Afrique et se fonde uniquement sur le dialogue politique. Elle s’exerce dans le cadre d’un partenariat d’égal à égal, alors que l’accord de Cotonou met en jeu d’un côté un bailleur de fonds, de l’autre des pays en développement tributaires d’une coopération tous azimuts avec l’Union Européenne.

Conclu pour une période de 3 ans, le partenariat stratégique UE-Afrique, s’appuie pour sa mise en oeuvre sur un appareil institutionnel comportant 4 niveaux : un Sommet des chefs d’État qui se tient tous les 3 ans, une troïka ministérielle qui se réunit deux fois par an, un comité de hauts fonctionnaires qui tient ses assises une fois par an et 8 groupes d’experts conjoints où siègent, à côté des représentants des États, ceux de la société civile et du secteur privé, correspondants aux huit domaines d’action retenus à Lisbonne (paix et sécurité, gouvernance et droits de l’Homme, commerce et intégration régionale, objectifs du millénaire du développement, énergie, changement climatique, migrations, mobilité et emploi, sciences, sociétés de l’information et espace).

Le dispositif institutionnel se met en place avec lenteur. Il offre des opportunités aux deux parties d’échanger sur les questions d’importance de leur relation comme sur les problèmes de la planète : à ce titre, il convient de relever la déclaration commune de l’UE et de l’UA sur le réchauffement climatique à la récente conférence de Poznan sur le changement climatique. Au-delà des produits qu’on peut attendre de cette initiative diplomatique, ce qui est en jeu c’est l’articulation de la politique menée dans le cadre de l’accord de Cotonou et de celle engagée dans le cadre du partenariat stratégique de Lisbonne. Un débat public à ce sujet doit être engagé entre toutes les parties prenantes, publiques et privées, du Nord comme du Sud pour donner à ce partenariat les dimensions de cohérence, transparence, confiance et efficacité sans lesquelles il ne pourra répondre aux attentes placées en lui.■

Jean-Loïc Baudet