Un compromis agricole est-il possible?

Alors qu'éclatent partout dans le monde des émeutes de la faim et que gouvernements et experts rivalisent de diagnostics et de dispositions pour faire face aux hausses dramatiques des prix des produits agricoles, se joue en coulisse une partie décisive dans les négociations de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) concernant l'agriculture mondiale et plus précisément la libéralisation du commerce des produits agricoles.

Sous l'angle des rapports Afrique- Europe comment se présente l'enjeu de ces négociations?

Du côté européen sont en présence deux positions: celle des pays libéraux qui entendent profiter des circonstances pour réduire protections et subventions et ouvrir à l'agriculture européenne les marchés en expansion des pays émergents. Et celle des pays attachés à l'autosuffisance alimentaire qui entendent réguler la production agricole pour couvrir les besoins européens, tout en tenant compte de l'ouverture de notre marché aux produits agricoles des PMA.

Du côté africain se fait jour la prise de conscience qu'il n'y a pas de développement sans progrès agricoles et sans mécanismes de sécurité alimentaire. Cela implique bien sûr un renforcement de l'aide alimentaire intelligemment gérée pour couvrir des besoins d'urgence, mais surtout une politique agricole dynamique - redonnant tout son poids à l'agriculture vivrière – appuyée par des investissements importants et une gestion des marchés qui préserve les chances de ce développement agricole.

Les positions des uns et des autres sont difficilement conciliables : la négociation qui s’annonce d’un traitement séparé de l’agriculture dans les travaux et l’agenda de l’OMC va mettre en présence les intérêts divergents des pays riches occidentaux, des pays émergents et des pays qui, comme les pays africains, doivent développer leur agriculture vivrière à la fois pour lutter contre la pauvreté et pour asseoir leur développement sur une agriculture productive.

L’Union européenne saura-t-elle saisir cette chance de défendre son auto-suffisance agricole tout en favorisant le développement agricole de ses partenaires africains par une réorientation conséquente de son aide ?■

Jean-Loïc Baudet