Une stratégie conjointe pour un partenariat renouvelé Afrique - Union Européenne

La  Terre : l'Europe et l'Afrique

Dix ans après leur premier Sommet tenu au Caire, trois ans après celui de Lisbonne, les chefs d’Etat et de gouvernement d’Afrique et de l’Union Européenne représentant 80 pays et 1,5 milliard de citoyens se sont réunis à Tripoli les 29 et 30 novembre derniers. Ils ont adopté un plan d’action triennal (2011-2013) couvrant 8 domaines d’action prioritaires convenus à Lisbonne, auxquels s’ajoutent des thèmes nouveaux tels que l’agriculture et la sécurité alimentaire.

Le troisième Sommet Afrique – Union Européenne s’est terminé par une déclaration d’ordre politique réaffirmant l’attachement des deux parties à l’approfondissement de leur partenariat d’égal à égal. Avant de détailler les points forts de cette déclaration, arrêtons-nous un instant sur l’ambiance d’événement boudé du côté européen par les trois chefs d’Etat d’Allemagne, de France et du Royaume-Uni et du côté africain par nombre de chefs d’Etat dont celui du Soudan qui a tiré de son absence plus d’avantages que d’inconvénients, en termes notamment de soutien de ses pairs africains.

Le Sommet a baigné dans une atmosphère délétère : sans parler de l’ombre de la Chine dont on connaît l’influence sur le comportement et les postures des deux partenaires, il y a lieu d’évoquer ici le contentieux toujours ouvert au sujet des Accords de Partenariat Economique (APE), l’épineuse question des migrations, la dénonciation par la partie africaine du ralentissement des investissements européens qui se détournent de l’Afrique au profit des pays émergents et, en dernier lieu, le refus africain d’adopter une position commune avec l’Union Européenne à Cancun sur le changement climatique.

Sur ce fond de tensions entre les deux parties, les chefs d’Etat et de gouvernement ont voulu resserrer les liens entre deux continents qui, en dépit des divergences qui les séparent, souhaitent célébrer une détermination commune à faire de la sécurité et de la paix, thèmes 2010 de l’Union Africaine, la pierre angulaire d’une coopération qui se veut exemplaire. Ils ont mis l’accent, en outre, sur la croissance et la création d’emplois qui, à leurs yeux, sont essentiels pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement.

Reflet d’une tendance qui anime toutes les négociations internationales, la place accordée au secteur privé et avec lui à l’environnement et au financement des entreprises ainsi qu’à la promotion de marchés de grande taille, donc à l’intégration régionale, est majeure. Même si l’Union Européenne, premier pourvoyeur mondiale d’Aide Publique au développement, réaffirme sa volonté d’atteindre à terme l’objectif de la porter à 0,7 % du PNB, et s’engage à consacrer 50 milliards d’Euros à l’Afrique au cours des 3 ans à venir, croissance et emploi sont attendus du secteur privé.

En dehors d’un engagement à une plus grande concertation dans les enceintes internationales et, en particulier, à joindre les efforts pour la réforme de l’ensemble du système des Nations Unies et d’un accord sur une approche multilatérale des questions internationales, autant de thèmes sur le principe desquels il était facile de s’entendre, la déclaration fait état de deux domaines dans lesquels la coopération sera poussée : la lutte contre le terrorisme et toutes les atteintes à l’ordre international qui relèvent de la criminalité et la coopération pour la sécurité maritime, y compris la lutte contre les pollutions marines.

Au total, un bilan maigre au regard des attentes. Symbolique, à cet égard, la mention de la crise financière et économique mondiale qui affecte très négativement les efforts africains pour se développer, et qui ne donne lieu à aucune disposition ou engagement d’y faire face conjointement. A défaut d’avancer dans le dialogue et la coopération politique, il reste à espérer que le plan d’action sur lequel on s’est mis d’accord fasse la preuve de son efficacité économique. A noter, pour terminer, la tenue à Tripoli, avant le Sommet, d’un Forum des affaires, signe le plus visible d’une volonté d’associer la société civile à la politique de partenariat jusqu’à présent limitée à la sphère politique.■

Jean-Loïc Baudet