Billet Europe-Afrique 105

Du Caire à Lisbonne: partenariat stratégique Union Européenne - Afrique

Sept ans après le premier Sommet UE-Afrique du Caire, s'est tenu à Lisbonne un deuxième Sommet entre chefs d'Etat ou de gouvernement des 27 pays de l'UE et de 53 pays d'Afrique les 8 et 9 Décembre derniers, en présence des représentants de la Commission européenne et de la Commission de l'Union africaine.

Ce Sommet s'est déroulé dans un contexte très différent du précédent:

- du côté africain, l'Union Africaine décidée à Durban en 2002 a succédé à l'Organisation de l'Unité africaine et le nouveau partenariat pour le développement africain-NEPAD a marqué la volonté de l'Afrique de se doter d'un instrument de développement propre

- du côté européen, l'UE s'est élargie de 15 à 27 membres et a défini une stratégie de développement pour l'Afrique qui traduit sa politique africaine en termes d'orientation de son aide à ce continent.

Enfin, et surtout, l 'Afrique est devenue entre-temps un continent très courtisé pour ses matières premières et ses hydrocarbures.

Ces changements majeurs sur la scène internationale se reflètent dans l'appréhension des relations entre les deux parties et dans le ton de la Déclaration de Lisbonne qui rend compte de cet évènement. Il est question de dépasser les relations traditionnelles entre bailleurs de fonds et bénéficiaires, et d'établir, entre égaux et dans le respect mutuel, un partenariat stratégique assorti d'un plan d'action et d'un mécanisme de suivi destiné à prendre la mesure des progrès accomplis pour en atteindre les objectifs.

Huit domaines d'action ont été retenus comme prioritaires:

- paix et sécurité
- gouvernance et droits de l'homme
- commerce et intégration régionale
- objectifs du millénaire du développement
- énergie
- changement climatique
- migrations, mobilité et emploi
- sciences, société de l'information et espace

Ce Sommet a été présenté comme le Sommet de la maturité. Maturité dans la mesure où un bilan a été fait des relations passées et où une ouverture sur une stratégie élaborée d'un commun accord - d'une politique pour l'Afrique à une politique avec l'Afrique - a été affirmée pour l'avenir. A l'heure de la mondialisation, car les défis de cette dernière ont été pris en compte et traités avec audace et dans un esprit d'interdépendance.

Le climat de ce second Sommet a été affecté par l'ombre des Accords de Partenariat Economique qui divisent nos partenaires africains, les Pays Moins Avancés (PMA) n'y voyant que des risques en l'absence d'une politique vigoureuse d'accompagnement de la libéralisation des échanges, tandis que les autres pays sont dans l'obligation de signer des accords intérimaires s'ils veulent préserver leur capacité d'exportation.

Incontestablement ce Sommet a été voulu par les deux parties comme celui d'un nouveau départ dans leur relation. Rendez-vous a été pris dans trois ans: quelque soient les attentes placées par chacune d'elles dans la mise en œuvre de la nouvelle feuille de route, on verra alors si les deux continents ont su ajuster leur stratégie pour sceller, dans leur démarche, un destin commun.

Jean-Loïc Baudet