Espaces domestiques, espaces villageois, espaces urbains multi-situés. Cinquante ans de migrations à partir de la moyenne vallée du fleuve Sénégal (1960-2010).

Hamidou Dia © Enda Europe
Hamidou Dia © Enda Europe

Hamidou Dia qui a collaboré avec Enda sur les questions de migration vient de soutenir une thèse de doctorat pour laquelle il a reçu les félicitations du jury et la mention très honorable. Il nous en a fait un court résumé.

La migration à partir de la moyenne vallée du fleuve Sénégal, d’abord dans le contexte national, puis hors des frontières du Sénégal, est à l’origine d’une nouvelle réalité, celle du village multisitué, que la thèse s’efforce de mettre en évidence et d’étudier à travers une ethnographie multisituée. La configuration du village multi-situé est tributaire de la sédimentation de couches successives de migrations dans des contextes différents. Du départ vers la métropole dans les années 1950 à la mobilité de travailleurs qualifiés et de diplômés de l’enseignement supérieur, en passant par les migrations provoquées par la sécheresse ou le conflit avec la Mauritanie, les causes de la mobilité des Haalpulaaren, au cours des cinquante dernières années, sont diverses. La relégation progressive de l’agriculture dans les activités des groupes familiaux, en conséquence des sécheresses, de la migration, du désengagement de l’État et de l’inaccessibilité des surfaces cultivables possédées sur la rive droite mauritanienne, confère un rôle de premier plan à l’argent envoyé à partir de Dakar et de l’étranger par les originaires de la région.

Les transferts : moteur de l’économie locale

Néanmoins, la seule thèse de la migration comme assurance pour le groupe familial ne permet plus d’expliquer les envois d’argent : les mandats qui arrivent au niveau local ne fixent pas les destinataires sur place. La complémentarité entre migration et agriculture qui s’est imposée de la fin des années 1970 jusqu’à la veille de la décennie 1990 ne fonctionne plus : désormais les transferts constituent le moteur de l’économie locale. En conséquence, le but premier des stratégies individuelles et familiales devient la migration. Adossé à d’autres types de ressources (scolaires, administratives, politiques, etc.), l’accès au visa permet d’avoir prise sur les mutations à l’oeuvre. Dès lors l’acte d’émigrer change de signification ; partir c’est se donner la possibilité d’accéder à la majorité sociale : trouver des revenus et franchir des rites de passage (mariage, résidence autonome…) non plus seulement sur le site originel, mais aussi dans les zones d’installation. Le sens que prend la migration est aussi travaillé par l’histoire des lieux d’immigration. Alors que les politiques migratoires se durcissent en France, les familles d’immigrants du Fouta Toro connaissent une double évolution : il y a dans une certaine mesure rattachement au village multi-situé et recentrage des migrants sur leurs ménages en France et éventuellement à Dakar, en partie au détriment du site d’origine.

Les disqualifiés du village multi-situé

Actuellement, ne restent au village, pour l’essentiel, que ceux qui n’ont pas le choix. Sur place, une certaine forme de redistribution villageoise qui n’est pas incompatible avec la compétition sociale permet à ces disqualifiés du village multi-situé de survivre – les envois d’argent de certains migrants donnant à leurs familles les moyens de faire preuve de générosité envers le voisinage moins pourvu. En attente de solution, ces disqualifiés ne peuvent que subir une violence symbolique, que subir les signaux de la réussite des autres… Pour ces individus privés de mobilité géographique et sociale, le quotidien est douloureux.

C’est de l’étranger que nombre de besoins collectifs sont pris en charge via l’association de ressortissants éducation, santé, hydraulique villageoise. De ce fait, de nouveaux objets de délibération émergent ; se pose ainsi la question de la définition d’un espace public et des institutions chargées de connaître des affaires du village quand plusieurs sites géographiques sont désormais concernés. Il semble que se stabilisent peu à peu des modalités de prise de décision et d’action porteuses de transformations. Sur chaque site, les différentes sources de légitimité – statutaire, démocratique, scolaire… – sont invoquées. Au fil du temps, les institutions produites par les dynamiques externes et celles qui sont enracinées dans le contexte d’origine semblent converger vers une certaine démocratisation. De cette manière, l’asymétrie entre les pôles du village multi-situé est atténuée. On remarque en même temps que l’importance pour les migrants du site originel au sein du village multi-situé n’est pas entièrement donnée a priori mais tend à être renforcée par l’idéal du développement dans lequel les associations villageoises cherchent à s’inscrire.

Hamidou Dia

« Gouvernance et pétrole en Afrique sub-saharienne »

« Gouvernance et pétrole en Afrique sub-saharienne ». Diffusion : La documentation française
« Gouvernance et pétrole en Afrique sub-saharienne ». Diffusion : La documentation française

Sous ce titre, l’IFRI a organisé le 13 janvier une conférence-débat qui reprenait une publication en anglais « Governance of Oil in Africa : Unfinished Business » éditée par l’Institut sous la direction de Jacques Lesourne, Président de l’association « Futuribles » et Président du Comité scientifique de l’IFRI sur l’énergie. Trois chercheurs, Benjamin Augé, Geert Van Vliet et Géraud Marin , ce dernier ayant déjà présenté ce sujet pour la CADE à l’Université du Havre l’année dernière, ont participé à cette conférence dont le modérateur était William Ramsay, ancien Directeur général adjoint de l’Agence Internationale de l’énergie (AIE).

La ressource

Avec 7,1 % de la production mondiale de pétrole et des réserves importantes, l’Afrique sub-saharienne, (principalement le golfe de Guinée) est devenue depuis vingt ans un producteur significatif qui consomme peu et présente l’avantage de ne pas figurer parmi les tout grands. Avec l’augmentation des prix du brut, la plupart des pays disposant de cette nouvelle manne se voient, davantage encore que d’autres, accusés de « malgouvernance » et de corruption. Les nouvelles découvertes annoncées, en Mauritanie, au Ghana, au Niger et dans la région des Grands Lacs ne font que renforcer les critiques. La monographie sur le Nigeria montre combien cette fédération a été amenée, pour survivre après la tentative de sécession biafraise des années soixante-dix, à éclater en 36 États de plus en plus petits et minés par des activités mafieuses dans la zone pétrolière du delta du Niger. L’Angola, qui a toujours été le plus nationaliste des États pétroliers de la zone, a créé, avec sa compagnie nationale Sonangol, et au nom de la défense de son territoire, un flux parallèle de revenus qui assure la pérennité du régime.

L’emploi

L’étude sur les producteurs récents et l’utilisation de nouveaux revenus dans quelques pays ciblés, Mauritanie, Tchad, Grands Lacs, a montré la diversité des situations et la difficulté d’établir une typologie des problèmes posés en matière de performance économique, d’incidence ou non sur les conflits, de gouvernance en général et d’environnement. Si ces pays font quelques progrès dans le contrôle des flux financiers et leur utilisation, il parait difficile pour la communauté internationale et les ONG de les amener à modifier substantiellement leurs pratiques actuelles. Sans doute faudra-t-il attendre l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle génération de responsables politiques pour y parvenir.

Perspectives

Le débat a montré combien, à propos de la prospection dans les Grands Lacs par exemple, l’existence ou non d’un État responsable avait son importance. Le pétrole ne devrait pas nécessairement être à l’avenir la source des plus grands conflits. Certains secteurs miniers sont par ailleurs tout aussi importants comme source de corruption. La dénonciation par le Tchad de la convention avec la Banque mondiale qui avait permis de mettre en exploitation le gisement de Doba, sous réserve de versements à un « fonds pour les générations futures » aura eu un retentissement désastreux pour ce pays. Nous sommes loin de l’exemple vertueux de la Norvège ! La présence de la Chine dans cette partie du continent, présentée souvent comme un épouvantail, demeure très marginale dans le secteur pétrolier, même si elle s’est assurée de l’actuelle production du Soudan.

Raymond Césaire

__________________________________________

Diffusion : La documentation française 15,50 euros

Production 2008 des pays de la zone :

  Pays    barils/jour  barils/jour
 Nigeria  2.356  114,2
 Angola  1.723  84,1
 Cameroun  82  4,2
 Tchad  144  7,5
 Congo
Brazzaville
 222  11,5
 Gabon  230  11,5
 Guinée-
Equatoriale
 363  18,0
 Total  5.120  251,0