L'action d'Enda Santé Plantes Médicinales

Entité d’Enda Tiers Monde, Enda Santé Plantes Médicinales (ESPM), créée en 1987, s’est longtemps investie dans l’accompagnement des populations. Chargée plus spécifiquement de la coordination des nombreux programmes de santé qu’elle a initié, ESPM a travaillé au développement d’approches participatives. C’est dans le cadre de divers partenariats avec le Ministère de la Santé et de la Prévention Médicale du Sénégal, les autorités locales, la communauté scientifique et universitaire, les communautés villageoises, une cinquantaine de pharmacies de Dakar et les herboristes, mais également à travers des coopérations bilatérales, notamment avec l’Autriche, qu’elle a pu mener jusqu’à présent l’ensemble de son action. Celle-ci s’articule autour de trois axes : production de plantes médicinales, recherche et production de phytomédicaments, herboristerie. L’action d’Enda Santé Plantes Médicinales

Dès 1995, ESPM a initié un partenariat avec le Groupe de Recherche sur les Plantes Médicinales (GRPM) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Ce partenariat se fondait sur la nécessité de tester l’efficacité et l’innocuité de ces plantes utilisées dans le traitement des pathologies les plus courantes. Il a donc fallu expérimenter, tant au niveau de la production que de la commercialisation, des médicaments à base de plantes spécifiques dont les propriétés thérapeutiques étaient avérées. Cette expérimentation a porté sur cinq plantes (Cassia italica, Tinospora bakis, Euphorbia hirta, Guiera senegalensis, Cassia occidentalis) aux propriétés soit laxatives, hépato-protectrices, anti-amibiennes, antitussives ou encore antispasmodiques. Leur mise en culture dans les conditions nécessaires a permis d’aboutir à des résultats concluants. Ainsi des tisanes et un sirop fabriqués à partir de ces plantes ont été vendus dans certaines pharmacies de Dakar.

Une culture permettant de faire face aux dépenses quotidiennes

Afin d’optimiser l’approvisionnement de l’unité de production expérimentale et d’accroître la protection et la préservation de l’environnement, les communautés villageoises ont été impliquées dans le processus de valorisation de ces plantes à travers la réalisation d’essais en culture. Aussi des groupements, pratiquant déjà la culture et acceptant d’y introduire celle de plantes médicinales ont été choisis pour cultiver en priorité Cassia Italica, la plante la plus menacée. Si les premières expériences furent menées dans la région de Dakar, par la suite d’autres régions y participèrent. Pour leur mise en oeuvre, ESPM décida d’encadrer les femmes, ses objectifs étant alors d’approvisionner l’unité de conditionnement et les populations en plantes médicinales de qualité, et d’aider les femmes de ces localités à trouver une source de revenus et de lutter ainsi contre la pauvreté.

Ainsi ESPM accompagne les femmes et les encadre durant tout le processus de mise en culture, non seulement en équipant les champs de clôture, mais également en dotant les groupements féminins de matériel approprié et en organisant des formations permettant de renforcer leurs capacités dans différents domaines, tant au niveau de la maîtrise des techniques que de l’organisation. Aussi la culture des plantes médicinales est-elle devenue une activité majeure au sein des populations des zones concernées par ces expériences. L’expérience a montré que la culture de Cassia Italica, récoltée et vendue tout au long de l’année, permet aux femmes d’assurer les dépenses quotidiennes auxquelles celles-ci doivent faire face pour l’acquisition de produits de première nécessité. Le témoignage du chef d’un des villages bénéficiaires du programme est particulièrement significatif : « Pendant les mauvaises campagnes agricoles de 2002-2003, c’est avec le revenu de la culture du Laydour (Cassia Italica) de ma femme que notre famille a pu faire face à nos besoins de première nécessité. Ma femme qui pratique cette culture m’a même assisté pour prendre en charge les dépenses de mon deuxième ménage dans un village situé à quelques kilomètres », a-til déclaré.

Développement d’une herboristerie moderne

Parallèlement, ESPM a développé dès 2002 un réseau d’herboristerie afin d’optimiser la commercialisation des plantes médicinales. Dans ce cadre, dix herboristeries ont été équipées de cantines et de matériels de balayage et de nettoyage. A la fin de l’année 2004, cinquante autre cantines ont été fournies, ce qui fait un total de soixante pour la seule région de Dakar. La mise en place de cet équipement s’est accompagnée d’une série de formations visant à renforcer la capacité des herboristes en matière d’hygiène et de salubrité mais aussi au niveau des techniques de conservation, de transformation, de conditionnement et de commercialisation.

Partenaires de ESPM, ces herboristes sont regroupés aujourd’hui au sein d’une association baptisée « Réseau Vendre Autrement » qui compte 80 membres à Dakar et 100 à Touba, et dont le but est de promouvoir la vente des plantes médicinales en mettant l’accent sur la sécurité et la santé des populations.

Afin de donner davantage d’autonomie à ces herboristes, ESPM a mis en place une ligne de crédit spécifique qui leur permet d’acheter les équipements nécessaires. Elle organise par ailleurs des campagnes de sensibilisation sur les marchés de Dakar, en partenariat avec le service national d’hygiène. Enfin, ESPM lance sur la période 2008- 2009, un projet de Dé v e l o p p eme n t Rural Alternatif (DRA) qui a pour ambition de promouvoir une association de la culture des plantes médicinales et des cultures maraîchères.■

D’après un texte de l’entité Enda Santé Plantes Médicinales, Enda Tiers Monde, Dakar, Sénégal. Février 2008.