2ème Festival "A Sahel ouvert" Moumba, Sénégal 22-24 février 2013

Qui connaît Mboumba, village érigé en commune en 2009, fort de 6 000 habitants vivant sur la rive d’un bras du fleuve Sénégal à quelques 600 km de Dakar dans le département de Podor ? Sans doute pas grand monde encore en dehors du Sénégal où il a été cité plusieurs fois ces derniers temps dans les médias nationaux à l’occasion de la seconde édition de son festival qui s’est déroulé en février en lisière du pays sur la vaste plage descendant vers le fleuve.

Et comment se fait-il que ce village sahélien accède ainsi à une certaine célébrité ?
C’est qu’il y a quelques années, des originaires de ce village, en activité en France, y ont fait la connaissance d’un jeune Français, professionnel du spectacle vivant (acteur, chanteur, metteur en scène..) et lui ont demandé s’il n’y aurait pas moyen de monter une activité culturelle sur place tout en contribuant au développement du village qui avait une ancienne tradition culturelle et artistique. L’idée fut exploitée en donnant naissance au premier festival « A Sahel ouvert » en 2010 dont un premier bilan dans la presse parlait ainsi :
Pour la première édition… le pari de l’organisation et de la programmation a été gagné : une bonne logistique, sonorisation notamment, des musiciens de talent, etc. S’y ajoute une adhésion populaire… Les organisateurs ont été bien inspirés d’intégrer dans le programme .. une partie consacrée au théâtre. De jeunes amateurs ont, sous la direction d’Alpha Oumar Wane, ancien directeur de la troupe du Théâtre national Daniel Sorano, joué des pièces dans lesquelles ils ont mis en valeur l’Histoire et les valeurs du Fouta. Ils ont aussi sensibilisé sur l’importance du dépistage du sida… Mamadou Abou Bâ Gaby, qui enseigne la musique, a dirigé des ateliers avec de nombreux adolescents du village (et) a servi un tableau original… La collaboration entre le district sanitaire de Pété, dont Mboumba dépend, et l’ONG Medicos del Mundo (Médecins du monde) a permis l’organisation d’une opération gratuite de dépistage du sida à laquelle les habitants du village ont adhéré (l’ONG dit avoir effectué en 3 jours le travail d’un an)… Le festival a été l’occasion de (re)découvrir de larges pans du riche patrimoine culturel du Fouta, revisité à travers des représentations des différentes communautés de Mboumba. Au-delà de la valorisation du patrimoine culturel de la localité, la manifestation vise la création de débouchés économiques pour les jeunes et les femmes. (Aboubacar Demba Cissokho - APS).

 

Le schéma de cette édition a été repris, accru et amplifié pour la seconde édition :
Comme point de départ, une tradition locale « les thiossanes », présentation dansée et chantée de l’art des différentes corporations qui était tombée en désuétude, puis trois soirées comprenant une première partie consacrée aux activités locales (thiossanes et rap, le premier soir, théâtre amateur et professionnel à base de saynètes éducatives et jeux et chants par les écoliers, les soirs suivants), la seconde partie consistant en une prestation de vedettes : un rappeur Fou Malade, le premier soir, Youssou Ndour (vedette internationale et ministre du tourisme), le second et Ismael Lô, le dernier.

Dans la journée ont eu lieu les consultations médicales (gratuites) assurées par les spécialistes de l’hôpital de Saint-Louis, une information sur le sida, le paludisme et autres sujets de la vie sociale et des ateliers éducatifs auprès des écoliers. Par ailleurs le samedi a eu lieu la réception en présence du préfet et l’accueil officiel du ministre du tourisme venu pour la pose de la première pierre d’une maison des hôtes afin de permettre l’accueil espéré de futurs touristes. Dans cette région il n’existe en effet aucune infrastructure hôtelière et les visiteurs lointains (une petite vingtaine de non-Africains, les équipes techniques et les musiciens des vedettes venus de Dakar) ont été hébergés et nourris par les habitants du village).

Fréquenté par une foule venue des environs pour l’essentiel, chiffrée entre 15 000 et 25 000 personnes suivant les soirs, cette manifestation, locale au départ, a un retentissement national tant du fait de la qualité artistique que du message politique du ministre soulignant dans un discours en wolof, la valeur exemplaire du lien entre culture et développement induit par l’existence même de cette réalisation. Si la forte implication des villageois et de diverses administrations sénégalaises a largement participé au succès populaire de ce festival, il n’en reste pas moins que le noyau de bénévoles de l’association Globe et particulièrement l’engagement de Xavier Simonin se sont révélés cruciaux. Au plan financier, ce deuxième festival, totalement gratuit pour les spectateurs, a commencé à recevoir le soutien de sponsors sénégalais mais sans que leur participation ne couvre la totalité des besoins et l’aide internationale reste nécessaire pour boucler le budget. Une dernière remarque : c’est que si la création d’un festival « provincial » au Sénégal a pu se concrétiser en quelques mois malgré des difficultés pratiques certaines comme la quasi-disparition au port du matériel médical et musical envoyé de France, une démarche analogue et contemporaine de la première édition en Picardie s’est par contre enlisée complètement.■

Jean Brice Simonin

Contacts - Courriel : sahelouvert@gmail.com