Le palmier à huile va-t-il affamer l'Afrique ?

A près avoir défrayé la chronique en Asie du Sud-Est où sa pratique à grande échelle est synonyme de déforestation, d'aggravation des émissions de CO2 et de menaces sur la biodiversité et d’accaparement des terres sans compter la corruption qu’elle génère, la culture du palmier à huile se répand comme une trainée de poudre en Afrique. Compte tenu du précédent asiatique, elle suscite des réactions indignées de la part d'ONG telles que Grain, spécialiste de l'accaparement des terres, et Greenpeace, ainsi que des tentatives de régulation malheureusement impuissantes à enrayer une progression incontrôlée... et qui s'accélère depuis la grande crise alimentaire de 2008 !

Comment expliquer cette situation ? Aux raisons agronomiques et économiques propres à ce type de production s'ajoute un enjeu énergétique mondial qui renforce la pression sur les terres africaines. Les avantages comparatifs jouent en faveur de l'huile de palme : c'est la moins chère et la plus productive des plantes oléagineuses - elle demande 6 à 9 fois moins de terre que les autres oléagineux. Selon un chercheur du CIRAD elle rapporte en moyenne 2 à 3.000 $/ha. Son marché est en pleine expansion, bien supérieure à celle des autres oléagineux, tandis que les principaux producteurs d'huile de palme - Malaisie et Indonésie, qui, à eux seuls, assurent plus de 85 % de la production mondiale - ne disposeront plus à terme rapproché de terres pour accroître leur production.

Les débouchés de l'huile de palme sont en croissance rapide : à la consommation humaine dans l'alimentation où elle couvre plus du quart des besoins en huile végétale et ne cesse de progresser, s'ajoute une demande en agrocarburants qui connait une évolution rapide marquée par une remise en question de leur intérêt dans les pays industrialisés et une flambée corrélative dans les pays du Sud au détriment de leur souveraineté alimentaire. Il faut enfin prendre en considération l'incidence de choix politiques des pays en quête de placement de leurs excédents financiers et des pays à la recherche de nouvelles terres pour assurer leur approvisionnement alimentaire et qui se tournent vers l'Afrique supposée disposer de grands espaces vides à cultiver.

Il n'est pas surprenant, dans ces conditions, que la culture du palmier à huile progresse à pas de géant : les superficies des nouveaux projets ont été estimées par Grain à plus de 3 millions d’hectares. Une vigilance s'impose : en l'absence de contremesures visant à soumettre les investisseurs au respect de règles strictes concernant des critères sociaux et environnementaux destinés à préserver les droits fonciers traditionnels et les équilibres des écosystèmes, les transactions continueront à se faire dans la plus grande opacité, sans même tenir compte des prescriptions pourtant minimales de la Table Ronde pour une huile de palme durable, au détriment des populations locales et sans que les intérêts des pays concernés soient bien pris en compte.

Le développement de la culture du palmier à huile pose deux défis. Le premier à l'Afrique et aux Africains, celui de réagir solidairement à la pression des grands groupes qui s’affranchissent des règles sociales et gouvernementales existantes pour mieux rentabiliser leurs investissements. Le second s'adresse à la communauté internationale et porte d’une part sur le modèle de vie général – quelle attention portons nous en tant qu’individu responsable à notre part d’impact personnel sur l’économie du monde ? – et d’autre part sur la priorité à donner à la securite alimentaire par rapport a la production d'agrocarburants.

Le probleme prend une telle ampleur qu'il est devenu necessaire et urgent de definir au niveau international entre toutes les parties prenantes un code de conduite consensuel et de mettre en place, comme il a ete fait dans le domaine du commerce avec l'OMC, un dispositif qui en assure la juste application.

Quoiqu'il en soit de l'appel de Greenpeace a suspendre les projets agroindustriels de plantation de palmiers a huile dans l'attente de cette moralisation du secteur, il importe que les regles garantissant cet interet commun soient renforcees et mises en oeuvre dans la plus grande transparence.¡

La CADE