Réaction africaine à la famine dans la Corne de l'Afrique*

Une fois encore les pays de la Corne de l'Afrique sont confrontés à une situation de famine, particulièrement grave en Somalie où les Nations Unies ont décrété l'état de famine le 20 juillet dernier, mais dont l'extension couvre l'Ethiopie, l’Erythrée, le Soudan, le Kenya, l’Ouganda et Djibouti. Au total et selon les dernières estimations, plus d’une douzaine de millions de personnes sont affectées par ce fléau qui les amène à quitter leur région d'origine et à se regrouper là où elles espèrent trouver un secours : pour la seule Somalie, on compterait près de 900.000 déplacés.

Bien sûr on impute ce drame à la sécheresse, la plus sévère depuis 60 ans, dont les effets cumulés sur 4 ans sont désastreux. On ne peut que s'étonner qu'avec les instruments d'observation disponibles (notamment le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire de l'ONU) les mesures destinées à enrayer cette nouvelle famine dévastatrice ne soient pas prises plus tôt. Rappelons qu'il a fallu attendre le 25 juillet pour que la FAO s'émeuve de la situation et réunisse ses membres à Rome... sans qu'une réponse à la mesure de la catastrophe soit trouvée à cette occasion. A la mi-septembre moins de la moitié de l'aide requise (2,8 milliards de dollars) était acquise.

Il est habituel de mettre en cause dans ce genre de situation les pays du Nord, d’autant moins enclins cette foisci à se mobiliser que la crise économique et financière absorbe toutes leurs énergies, ainsi que les pays victimes de la sécheresse qui ont tendance à minimiser l'ampleur du fléau et ne sont pas à même, comme c'est le cas en Somalie où la famine se double d'une épidémie de choléra, d’assurer les conditions propres à mobiliser et distribuer l'aide alimentaire de manière satisfaisante. On évoque aussi, dans un élan de lucidité, ce qu'il y a lieu de faire pour éviter le retour de la calamité : le 10 septembre les pays concernés se sont réunis à Nairobi pour adopter un plan d'action propre à stimuler la production et à protéger les écosystèmes. De bonnes résolutions sont prises mais aussi vite oubliées que décidées.

Dans cette conjoncture dramatique où il apparaît que les pays africains négligent leur agriculture vivrière, malgré les engagements pris à Maputo en 2003 dans le cadre de l'Union Africaine, et que les aides publiques internationales au secteur agricole ne dépassent guère 5 % de l'aide totale, de nouveaux signes font craindre ou espérer un changement de la donne.

La crainte tient essentiellement à la politique consistant à concéder l'usage de terres cultivables à des intérêts étrangers en recherche de surfaces où produire, pour leur besoin propre, vivres ou agro-carburants. Cette pratique, en progression rapide, grève les chances des pays concernés de couvrir leurs besoins à partir de leurs ressources naturelles.

L'espoir porte sur la nouvelle attitude des pays africains à l'égard de ceux d'entre eux qui souffrent de famine. Pour la première fois, et sous la pression insistante de la diaspora africaine, l'Union Africaine a pris l'initiative de convoquer un Sommet des Chefs d'Etat africains à Addis-Abeba le 25 août dernier pour mobiliser au profit des pays en proie à la famine l'aide de ceux qui ne sont pas affectés par la sécheresse. Le résultat en demi-teinte vaut d'être noté : 22 pays ont répondu à l'appel de l'Union Africaine et les engagements (dont certains étaient déjà acquis avant le Sommet) se sont montés à 351 millions de $ dont 300 millions mis sur la table par la Banque Africaine de Développement.

Plus que le montant des engagements, l’intérêt porté par l'organisation africaine au sort des pays victimes mérite d'être souligné : elle réveille l'attention de ses membres sur la prise en charge par l'Afrique de dépenses qu'on peut considérer de souveraineté au moment où une pression grandissante s'exerce pour dénoncer les ingérences étrangères en Afrique. On peut espérer par ailleurs que cette ébauche de solidarité débouchera sur une prise de conscience accrue de la nécessité de mettre sur pied des politiques agricoles ambitieuses.

La CADE

*Voir sur le même sujet la page économique