La recherche scientifique africaine en question

Ici et là des voix s'élèvent pour mettre en cause, jusque dans son principe, l'aide publique au développement au nom d'une nécessaire reprise en main par les Africains de la construction de leur avenir. Qu'elles s'appuient sur les faibles résultats de cette aide ou sur la critique des gouvernements africains trop souvent en quête d'appuis extérieurs pour faire face à des états d'urgence, ces positions partent de l'idée que les politiques de développement doivent se fonder sur une appréciation par les Africains de leurs besoins et reposer sur la connaissance scientifique et technologique apte à les satisfaire.

Telle est la problématique de la recherche scientifique, en Afrique comme ailleurs; étant entendu que cette recherche doit tout à la fois investir les problèmes spécifiques à l'Afrique, notamment dans les domaines agricoles et de la santé, et porter son effort sur les thèmes de portée mondiale dont elle peut tirer profit pour son développement. Il y a, de ce point de vue, à articuler la recherche scientifique avec les politiques publiques, de façon à assurer sa participation aux choix de développement et à en tirer les conséquences pour la politique de recherche.

Face à ces défis, comment s'organise la recherche scientifique en Afrique ? La question est trop vaste pour qu'on la traite dans son ensemble. Contentonsnous ici d'évoquer quelques initiatives qui illustrent l'Afrique en action et font écho aux articles sur la recherche scientifique qui paraissent régulièrement depuis décembre 2008 dans la Lettre de la CADE, grâce à la contribution d'un journaliste scientifique, Jean-François Desessard, et nous ouvrent l'esprit sur des réalisations et l'actualité de la recherche scientifique africaine.

On trouvera dans ce numéro spécial de nouveaux exemples de recherche dont ceux de portée générale, l’un sur l’énergie de Cheick Modibo Diarra, président de Microsoft Afrique et Moyen-Orient et l’autre sur la tradition scientifique, technologique et philosophique de l’Afrique de Cheikh M’Backé Diop, chercheur en physique nucléaire.

Deux types d'initiatives doivent être distinguées, celles de la concertation et des accords internationaux visant à donner un cadre à la recherche scientifique et à la stimuler et celles des chercheurs et organes de recherche qui lancent des projets de recherche et leur donnent des moyens d'avancer.

Au niveau africain, il y a lieu de signaler la volonté d'échanger et de coordonner les travaux de recherche, qui s'incarne dans la Conférence des Ministres de la recherche des pays africains dont le Secrétaire actuel est le Secrétaire permanent du Ministère de l'Enseignement supérieur, de la Science et de la Technologie du Kenya. Outre les travaux d'animation des centres de recherche d'excellence de portée régionale, cette Conférence a joué un rôle moteur dans le rapprochement actuel entre l'Union Européenne et l'Union Africaine en matière de Sciences.

Suite au Sommet de Lisbonne de Décembre 2007, il a été retenu comme 8ème priorité le thème « Science, société de l'information et Espace » dédié à la recherche scientifique. Un plan d'action a été arrêté d'un commun accord. Il fait une place prioritaire à l'appui à la constitution d'un grand programme analogue au 7ème programme cadre européen de R et D, au développement des échanges par Internet, au suivi et à l'analyse par les technologies spatiales de l'environnement mais aussi à la sécurité alimentaire et à l'eau.... C'est la France qui pilote la mise en oeuvre de ce volet de l'accord de partenariat eurafricain.

On ne compte plus, par ailleurs, les projets de recherche en commun, associant partenaires du Nord et du Sud qui conjuguent leurs ressources humaines et financières. Une des formes les plus accomplies de ce partenariat a été lancée par l'IRD sous la forme de Laboratoires Mixtes Internationaux dont le premier en Afrique a été crée en 2009 en Afrique du Sud : le Centre International pour l'Education, les Sciences de la Mer et de l'Atmosphère avec l'Université du Cap et le CSIR.

En réalité, le développement de la recherche scientifique en Afrique achoppe sur deux contraintes majeures : les ressources financières qui lui sont affectées de la part des gouvernements africains comme de celle des bailleurs de fonds internationaux, et la mobilité des chercheurs entre le Nord et le Sud. Sous ce dernier angle, un exemple est à méditer pour l’Afrique, celui d’un programme européen de recherche et développement – création d’incubateurs de diasporas des savoirs pour l’Amérique latine – qui propose des dispositifs visant à reconnecter les expatriés aux réseaux de compétences de leur pays d’origine. Une façon de valoriser la fuite des cerveaux.

Jean-Loïc Baudet