L'appel à la responsabilité des Africains par Barack Obama

Après s'être adressé au monde musulman depuis Le Caire en Juin dernier, le Président des États-Unis s'est exprimé en Juillet à Accra sur sa vision de l'Afrique.Discours très attendu d'un homme qui n'hésite pas à se référer à ses origines africaines et dont la voix fait autorité sur la scène internationale, et tout particulièrement en Afrique.

D'emblée Barack Obama a planté le décor en proclamant que l'Afrique, loin d'être un monde à part, est une « partie fondamentale de notre monde interconnecté ». Une telle affirmation ne relève pas d'un exercice obligé mais traduit sa vision d'un monde interdépendant dont toutes les parties sont appelées à jouer leur rôle. C'est à la lumière de ce postulat qu'il faut interpréter son appel aux ressortissants de ce continent : « il revient aux Africains de décider de l'avenir de l'Afrique ».

Au-delà des tribulations de l'histoire, des promesses non tenues, des défaillances constatées dans la bonne gouvernance, facteur de corruption et d'aggravation de la pauvreté, Barack Obama appelle les Africains à se mobiliser de façon responsable et engage son pays dans un partenariat fondé sur la responsabilité et le respect mutuels.

Le discours du Président américain n'est en rien moralisateur : il est bien plutôt mobilisateur. On ne s'étonnera pas qu'il ait centré son propos, pour l'essentiel tourné vers l'avenir, sur quatre domaines qu'il estime essentiels à la renaissance de l'espoir pour les nouvelles générations, et pour lesquels il se dit prêt à apporter le concours des États-Unis :

  • la démocratie, qui peut prendre des formes diverses, mais qui repose sur le consensus et les règles de droit : « l'Afrique n'a pas besoin d'hommes forts mais d'institutions fortes ». Les États-Unis aideront les personnes et institutions responsables.
  • le développement, celui qui « offre des débouchés aux gens » et procède de l'investissement et de la diversification des activités économiques. L'aide américaine, qui n'est pas une fin en soi, se fixera comme objectif de promouvoir les capacités locales.
  • la santé publique qui passe par un emploi sur place du personnel médical - trop souvent tenté par l'émigration - et l'extension des soins de santé primaire.
  • le règlement pacifique des conflits en recourant aux capacités locales de médiation et d'intervention (Union Africaine, CDEAO...) que les États-Unis sont disposés à soutenir avec les moyens de leur diplomatie, de l'assistance technique et de l'appui logistique : « la diversité de l'Afrique devrait être source de force et non facteur de division ».

L’évocation de ces domaines d’action, au coeur du propos de Barack Obama, ainsi que les exhortations à rompre avec des pratiques dommageables ont été diversement appréciées par les Africains dont les attentes étaient aussi variées qu’exigeantes.

Si Barack Obama ne s'est pas privé de paroles fortes sur les excès de pouvoir, les prédations de toute sorte, la corruption, les atrocités générées par les conflits, il relève aussi la part qu'il arrive à l'Occident de prendre dans la genèse de tous ces abus et les exigences de la solidarité aussi bien entre Africains qu'entre Africains et Occidentaux.

Le discours de Barack Obama inaugure un nouveau positionnement des États-Unis vis-à-vis de l'Afrique : aux positions de son prédécesseur avant tout soucieux de développer le commerce avec l'Afrique et de mobiliser ce continent dans la lutte contre le terrorisme, il oppose une volonté d'aider l'Afrique à se construire dès lors qu'elle prend en main ses responsabilités et qu'elle se donne les moyens, en termes politique et économique, de se développer.

C’est un langage d'espoir mais aussi un langage d'engagement, bienvenu pour relever les nombreux défis auxquels sont confrontés les Africains.

Jean-Loïc Baudet